Brillant créateur des séries politico-satiriques The Thick of It et Veep, réalisateur inspiré des films In the Loop et The Death of Stalin, l'Italo-Écossais Armando Iannucci raffole des fantaisies frénétiques emmenées par des protagonistes au débit de parole mitrailleur. Cet été, sa Personal History of David Copperfield, long métrage un peu trop sûr de ses effets revisitant Dickens en mode virevoltant, péchait hélas par excès de pseudo-trouvailles aux accents hystérisants et gesticulatoires. On lui préfère de loin sa dernière création télévisée en date, ...

Brillant créateur des séries politico-satiriques The Thick of It et Veep, réalisateur inspiré des films In the Loop et The Death of Stalin, l'Italo-Écossais Armando Iannucci raffole des fantaisies frénétiques emmenées par des protagonistes au débit de parole mitrailleur. Cet été, sa Personal History of David Copperfield, long métrage un peu trop sûr de ses effets revisitant Dickens en mode virevoltant, péchait hélas par excès de pseudo-trouvailles aux accents hystérisants et gesticulatoires. On lui préfère de loin sa dernière création télévisée en date, à la folie un tantinet plus mesurée. Dans Avenue 5, comédie de science-fiction dont la première saison paraît aujourd'hui en coffret DVD chez Warner, un vaisseau-paquebot de la fin du XXIe siècle, sorte de Costa Concordia transpirant le faux chic et le mauvais goût bourgeois, embarque de riches touristes oisifs pour une luxueuse croisière de huit semaines orbitant autour de Saturne. Mais un stupide incident de parcours les fait dériver de leur trajectoire et allonge le trajet à trois années complètes. Sans véritable maître à bord, c'est la pagaille intersidérale... Suivant le principe burlesque d'une fière et grosse mécanique qui déraille joyeusement, Avenue 5 évolue entre pure comique de situation et inlassable quête du bon mot qui fait mouche. On pense à une espèce de The Love Boat de l'espace revu et corrigé à la sauce satirique d'un Galaxy Quest -les aliens en moins. Ou bien à un Star Trek drôlement dysfonctionnel gagné par un sérieux problème de gouvernance. Voire même à l'improbable croisement entre un Titanic du futur et Y a-t-il un pilote dans l'avion?. Avec une réserve parfois assez limitée de fioul scénaristique, Iannucci, qui réalise aussi le pilote de la série, parvient invariablement à élaborer des épisodes intelligents et rusés où s'épanouit pleinement son talent peu commun de dialoguiste. Rythmé, enlevé, savamment dosé, ce voyage sans boussole bénéficie en outre d'une chouette galerie de personnages à la dérive, emmenée par l'éternel Dr House, Hugh Laurie, impeccable en capitaine de pacotille au bord de la crise de nerfs. Parodie délirante et inspirée épinglant pêle-mêle les dérives du tourisme de luxe et du capitalisme béat, la bêtise des nouveaux riches et les impasses narratives de la science-fiction, ce huis clos rigolard et bouffon ne va pas plaire à tout le monde. Torpillée par la presse hexagonale, qui n'a visiblement rien compris aux enjeux farceurs et à la charge satirique de la série, Avenue 5 a été bien mieux reçue dans le monde anglo-saxon. HBO ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui en a déjà commandé une deuxième saison. Atterrissage attendu courant 2021.