Joann Sfar s'intéresse depuis longtemps à la littérature jeunesse avec un point de vue particulier: la transversalité générationnelle du récit. Il prône un retour aux histoires épiques pré-Disney, celles qui font peur, qui sont violentes et non édulcorées, et dans lesquelles ...

Joann Sfar s'intéresse depuis longtemps à la littérature jeunesse avec un point de vue particulier: la transversalité générationnelle du récit. Il prône un retour aux histoires épiques pré-Disney, celles qui font peur, qui sont violentes et non édulcorées, et dans lesquelles le lecteur de tout âge trouve son compte. Son Petit Vampire en était une belle illustration. Il s'attaque à présent à un fondamental de la littérature du Moyen Âge: Le Roman de Renart. L'auteur, dans la postface, explique qu'il aime cet anti-héros, vil et menteur, prêt à dévorer le fils de son ami souffre-douleur Ysengrin parce qu'il a faim, à tel point que seigneurs et peuple n'en peuvent plus et décident d'unir leur force pour tuer le goupil. Sauvé in extremis de la mort par Ysengrin lui-même, Renart est plongé dans les tréfonds de la Terre. Là, il tombe sur Merlin, en pleine crise familiale: sa femme est en bisbrouille avec les parents du mage au sujet de la notion d'écrivaine. Piquée au vif, la belle-mère (n'étant autre que la Mort) lance à la poursuite du couple une sorcière pour tuer Merlin, sa fiancée ... et le reste de l'humanité. " Il fera un peu plus calme", pense-t-elle. Renart et Ysengrin vont tenter de l'en empêcher. Fidèle à lui-même, Sfar conjugue de manière jouissive philosophie, récit épique et féminisme dans cette relecture