En 1975, une exposition du Centre Pompidou conçue par Arata Isozaki, sous le patronage de Roland Barthes, introduisit le public occidental à ce qui, à l'époque, fut présenté comme le mystère de la spatialité japonaise. Un concept, celui de ma, fut chargé de l'incarner -le concept d'"interval...

En 1975, une exposition du Centre Pompidou conçue par Arata Isozaki, sous le patronage de Roland Barthes, introduisit le public occidental à ce qui, à l'époque, fut présenté comme le mystère de la spatialité japonaise. Un concept, celui de ma, fut chargé de l'incarner -le concept d'"intervalle", d'"entre-deux", de "vide séparant deux choses". Les malentendus suscités par la fascination pour le ma auraient pourtant pu être évités, si on avait pris la peine de se pencher sur les écrits des spécialistes de l'histoire de l'architecture japonaise -dont ceux d'Itô Teiji. Une dizaine d'années avant l'exposition du Centre, Teiji avait publié un petit volume richement illustré dans lequel il s'intéressait aux spécificités des maisons traditionnelles de l'Archipel du point de vue du " kekkai", du seuil. Étudiant les portiques, clôtures, fenêtres, stores ou portes, il établissait un lexique de l'espace construit insistant sur la fonction de la séparation et du passage plutôt que sur l'énigme du vide au coeur du plein. Trouvant sa source dans les premiers temples bouddhistes, " leseuil", expliquait-il, n'est autre que le " dispositif matériel qui distingue les espaces intérieur et extérieur, le naijin du gejin , en d'autres termes le sacré du profane" .La Beauté du seuil est aujourd'hui traduit par Philippe Bonnin, qui a rephotographié tous les lieux décrits par Teiji.