DE MARK DANIELS.
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DE MARK DANIELS. Les fous de la bulle n'apprendront rien en lisant ces lignes: le Festival d'Angoulême se tiendra du 28 au 31 janvier. Plusieurs chaînes saluent comme il se doit cet immanquable - on notera ainsi le documentaire consacré à Loisel et Tripp diffusé le jeudi 28 à 17.00 sur TV5MONDE (voir page 71) - et déroulent le tapis rouge au 9e art. Arte, fidèle de l'événement, démarre le dimanche 24 en programmant un docu sur Art Spiegelman, le génial auteur de Maus, puis enchaîne le lundi 25 avec un film sur Jean Giraud (Moebius Redux) et avec cet essai sur le lien entre la BD et la guerre. Un film qui sera d'ailleurs projeté au festival. La BD s'en va en guerre, le documentaire de Mark Daniels, déroule ses minutes assez classiquement. Les intervenants s'y succèdent pour expliquer, face caméra, ce que leur inspire la relation entre le coup de crayon et le coup de canon, histoire de déflorer ce genre hybride, tout en essayant de comprendre ce qui différencie ces "bd-journalistes" des grands reporters de guerre. Premier élément de réponse: la grande force du croquis, dans les situations de détresse humaine, tient probablement à l'interaction forte qui naît entre le sujet dessinant et l'objet dessiné. Le film passe d'auteur en auteur comme on passe de guerre en guerre. "Les dessinateurs de bandes dessinées doivent tout le temps justifier le média qu'ils utilisent, alors que personne ne va demander à un cinéaste pourquoi il fait un film et pas une danse", regrette Marjane Satrapi, probablement la figure la plus emblématique, côté francophone, de cet art si particulier. Mais si on connaît l'auteur de Persepolis, on connaît peut-être moins Joe Sacco et son remarquable travail dans les territoires occupés. On ne connaît pas forcément non plus Ted Rall et sa terrible approche du conflit qui fait rage en Afghanistan. Les reportages dessinés, héritiers du Japonais Keiji Nakazawa - dans Gen d'Hiroshima, il racontait en 1973 son histoire d'enfant rescapé, relatant ce qu'aucune image n'a jamais pu montrer, aucune caméra n'ayant résisté à la bombe atomique - s'insinuent à l'écran entre chaque intervention, avec une force évocatrice souvent inouïe. En conférant à ce documentaire par souvent trop pépère un supplément de vie assez captivant. Guy Verstraeten