"Fatigue"

Sur son premier album, Taja Cheek revenait sur le deuil de sa mère, Lorraine, qui lui inspira également le nom de son projet, L'Rain. L'artiste DIY, originaire de Brooklyn, le faisait en ruminant une pop expérimentale, tissant des mélodies multicouches, piquées de field recordings et autres sons tirés de sa vie quotidienne. Qua...

Sur son premier album, Taja Cheek revenait sur le deuil de sa mère, Lorraine, qui lui inspira également le nom de son projet, L'Rain. L'artiste DIY, originaire de Brooklyn, le faisait en ruminant une pop expérimentale, tissant des mélodies multicouches, piquées de field recordings et autres sons tirés de sa vie quotidienne. Quatre ans plus tard, Fatigue pousse encore plus loin l'ambition d'une musique personnelle et aventureuse. Et c'est absolument passionnant. Dans la foulée de son premier essai, Fatigue, explique Cheek, creuse l'idée du changement. Celui qu'impose la vie, en permanence. Comme celui que l'on n'arrive pas à mettre en branle, comme paralysé, quand bien même il est parfois indispensable -" What have you done to change?", se désespère la voix sur Fly, Die (celle du songwriter Quinton Brock) en tout début de disque. En l'occurrence, la musique de L'Rain ne cesse de muter, changeant sans cesse de direction, parfois sur un seul et même morceau. Celle qui est également curatrice au prestigieux MoMA de New York -elle y a organisé le tout premier concert américain de l'icône new age Beverly Glenn-Copeland- a conçu une collection de morceaux à la fois accidentée et limpide. Elle y rassemble la plupart des idiomes musicaux qui l'ont nourrie jusqu'ici -jazz, r'n'b, rock alternatif, hip-hop, etc.- pour mieux les fusionner et piétiner l'idée de catégories. L'identité de L'Rain fluctue ainsi en permanence. Aussi insaisissable soit-elle, la demi-heure de Fatigue se révèle pourtant terriblement attachante, apte à réveiller les pavillons les plus blasés.