Joakim
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Joakim DISTRIBUÉ PAR TIGERSUSHI 7 Depuis le départ, Joakim occupe une place toute particulière sur la scène électronique française. Pas complètement à la marge, non, mais toujours un peu à part, à l'écart des grandes tendances. Jamais "hot", mais toujours "in". Ou quelque chose dans le genre. Sans doute est-ce dû à sa tendance à multiplier les décrochages, adorant jongler entre ses différentes casquettes, ses multiples activités et les genres. Tenant d'un éclectisme musical érudit, Joakim Bouaziz a toujours aimé varier les plaisirs, passant de la house au krautrock, ou de la new wave au disco, à la manière d'un cousin éloigné du label new-yorkais DFA. Il a d'ailleurs lui-même lancé son label, baptisé Tigersushi, auquel il a imprimé un même goût pour la diversité: on y retrouve aussi bien les rockeurs décadents de Poni Hoax que l'electronica de Principles of Geometry. Si l'on ajoute encore à son CV son boulot de producteur (il a réalisé le dernier album des Belges de Montevideo), ses remix, les musiques originales qu'il a composées pour le monde de la mode (Chanel, Balenciaga, etc.), ou encore sa collaboration avec l'artiste contemporaine Camille Henrot (la bande-son de la vidéo Grosse fatigue, en 2013), on comprendra que l'homme reste rarement longtemps au même endroit. Parfois, au sens littéral du terme. Il y a cinq ans, Joakim a en effet déménagé aux Etats-Unis, s'installant à New York. Après Tropics of Love en 2014, Samurai est donc son second album "américain". Même si dans les faits, il est surtout marqué la pop électronique japonaise. C'est le principal fil rouge d'une suite de rêveries synthétiques cotonneuses, fortement influencées par les années 80. Un peu comme si Joakim se baladait à travers les rues et les avenues de Manhattan, tout en écoutant Ryuichi Sakamoto et le Yellow Magic Orchestra (Green Echo Mecha, Mind Bent ou encore Time Is Wrong et sa voix tremblante, comme plongée dans l'eau). Dans le genre, un titre comme Late Night NewCity est exemplaire: introduit par le bruit d'une rame de métro qui démarre, il commence par rebondir mollement sur une basse slapée, avant de faire de la place pour un piano à la Style Council et un saxo qui dégouline, plus eighties que ça, tu meurs -sans que cela ne passe pour une posture ironique. Cela ne veut pas dire que tout ici n'est que rondeur: Jocho, par exemple, avance en claudiquant, ballotté par les bruits de cloche, improvisant une ballade angoissée. En cela, le trip n'est jamais monotone. Entre plan soft rock et synthés new wave, séquence funky naïve (Exile) et mélodie pop flottante (Numb), le résultat est à la fois confortable et complètement décontenançant. Au final, ce n'est peut-être pas ce que Joakim a fait de plus tranchant. Attachant, Samurai n'en reste pas moins son effort le plus cohérent, voire le plus consistant. LAURENT HOEBRECHTS