Le périple d'un réfugié est inimaginable pour le commun des mortels. Mis à part des images de gens refoulés à une frontière quelconque, sauvés par un garde-côte ou pire, morts sur une plage, on ne sait rien d'eux. Le préambule de la présente bande dessinée remonte à 2015 et au crash d'un avion de ligne dans les Alpes, causé par l'acte suicidaire du pilote: 150 personnes décèdent da...

Le périple d'un réfugié est inimaginable pour le commun des mortels. Mis à part des images de gens refoulés à une frontière quelconque, sauvés par un garde-côte ou pire, morts sur une plage, on ne sait rien d'eux. Le préambule de la présente bande dessinée remonte à 2015 et au crash d'un avion de ligne dans les Alpes, causé par l'acte suicidaire du pilote: 150 personnes décèdent dans ce tragique accident qui a fait la une de la presse pendant plusieurs jours. À la fin d'un JT quasi exclusivement consacré au crash, le présentateur, d'une phrase lapidaire, annonçait par ailleurs la mort de 400 réfugiés qui traversaient la Méditerranée. Point! Une différence de traitement des deux sujets sans doute liée à une question d'identification et de proximité, se dit Fabien Toulmé. Il était temps d'en savoir un peu plus sur les migrants. Il rencontre finalement Hakim, accompagné de sa femme et leurs enfants, qui accepte de lui raconter son périple. Originaire de Damas sud, Hakim est l'aîné d'une famille de neuf enfants. Il était propriétaire d'une pépinière. En 2011, suite au soulèvement du quartier où il habitait, il a été jeté en prison pour avoir aidé des manifestants. À sa sortie, son entreprise avait été réquisitionnée par l'armée. Sans ressources, il a pris la décision de partir chercher du travail au Liban voisin puis en Jordanie et en Turquie pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais vu l'afflux de réfugiés dans ces pays, trouver un travail n'était plus chose aisée. Le premier tome (il y en aura trois en tout) se conclut sur le départ vers Istanbul. L'auteur choisit un angle très factuel dénué de tout pathos mais pas d'empathie pour son interlocuteur, n'hésitant pas à mettre en scène leurs entretiens. Le récit est plein de retenue et de respect. Hakim donne un visage à ces milliers d'anonymes qui font tant trembler les populistes européens.