Nul doute que, suivant l'expression consacrée, 2012 restera comme une année à marquer d'une pierre blanche pour Mads Mikkelsen. Déjà de A Royal Affair, film de Nikolaj Arcel plébiscité à la Berlinale, l'acteur danois remettait le couvert quelques mois plus tard à Cannes, où sa composition dans The Hunt ( lirecritique en page 30), de son compatriote Thomas Vinterberg, faisait l'unanimité jusqu'au sein du jury de Nanni Moretti, un prix d'interprétation à la clé. On parlera, en l'occurrence, de reconnaissance méritée pour le comédien, auteur, pour le coup, d'une incarnation impressionnante, dans le droit fil d'un parcours qui force le respect sans qu'il y ait trouvé à se prendre la tête -les présentations se font sans falbalas inutiles: "I'm Mads, I'm from Denmark, and I'm OK", vous assure-t-il d'emblée dans un large sourire.
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Nul doute que, suivant l'expression consacrée, 2012 restera comme une année à marquer d'une pierre blanche pour Mads Mikkelsen. Déjà de A Royal Affair, film de Nikolaj Arcel plébiscité à la Berlinale, l'acteur danois remettait le couvert quelques mois plus tard à Cannes, où sa composition dans The Hunt ( lirecritique en page 30), de son compatriote Thomas Vinterberg, faisait l'unanimité jusqu'au sein du jury de Nanni Moretti, un prix d'interprétation à la clé. On parlera, en l'occurrence, de reconnaissance méritée pour le comédien, auteur, pour le coup, d'une incarnation impressionnante, dans le droit fil d'un parcours qui force le respect sans qu'il y ait trouvé à se prendre la tête -les présentations se font sans falbalas inutiles: "I'm Mads, I'm from Denmark, and I'm OK", vous assure-t-il d'emblée dans un large sourire. Le cinéma, Mikkelsen y est venu (relativement) tard, entendez à l'entame de la trentaine, lorsque Nicolas Winding Refn propose à cet acteur formé au théâtre le rôle d'un junkie dans Pusher. Trois autres films baliseront sa collaboration avec le futur réalisateur de Drive, autant que celle qui le lie à Anders Thomas Jensen, avec qui il a notamment tourné Adam's Apple. Ajoutez-y des rôles pour Susan Bier notamment, et voilà qui vous taille un profil (qu'il a par ailleurs aiguisé) de gloire locale, en même temps que l'esquisse d'une notoriété internationale. Un plan de carrière totalement bousculé lorsqu'il prête son physique avenant, ascendant ténébreux, à Casino Royale, où il campe rien moins que Le Chiffre, bad guy à la mesure de 007. Du film de Martin Campbell, Mikkelsen rapporte, sans surprise, qu'il constitua une "super expérience", à quoi il s'empresse d'ajouter qu'il lui a ouvert de nombreuses portes: "La pile de propositions s'en est trouvée considérablement augmentée, observe-t-il, joignant le geste à la parole. Et avec cela, la possibilité qu'il y ait des projets intéressants dans le lot." Conséquence directe, son parcours a pris un tour résolument éclectique, qui l'a vu incarner aussi bien Igor Stravinsky face à Anna Mouglalis/Coco Chanel pour Jan Kounen que Draco dans le dispensable Clash of the Titans de Louis Leterrier - "C'est le petit garçon en moi qui resurgit, se justifie-t-il à propos de ce dernier. J'ai 46 ans, et me retrouver là, comme un gamin, à tuer un scorpion géant, ce qui est aussi un aspect de mon boulot, me procure un plaisir immense. Si je ne faisais que cela, je m'en lasserais vite, mais n'enchaîner que des films comme Jagten me vieillirait prématurément. Je suis donc reconnaissant de pouvoir faire l'un et l'autre."Jagten, ou The Hunt, l'a, dans la foulée de A Royal Affair, ramené au Danemark, sans qu'il y ait là rien de prémédité, précise-t-il toutefois - "pas plus que je n'ai voulu prendre mes distances à un moment. Je vais là où les projets intéressants m'appellent." Et si le rôle de Lucas, un homme accusé mensongèrement d'abus sexuels sur une enfant, est assurément lourd à porter, il vous assure "n'avoir pas eu l'ombre d'une hésitation" avant de s'engager à l'interpréter . "La lecture de cette histoire m'a vraiment dérangé sans, et c'est là sa beauté, que je puisse trouver quiconque à condamner. Je comprenais Lucas, ses amis, sa femme, la directrice du jardin d'enfants, les enfants eux-mêmes, et je ne pouvais envisager une façon d'enrayer l'effet boule de neige... Il y avait là quelque chose qui me provoquait, et j'ai voulu savoir ce dont il retournait."S'il a notamment passé deux semaines dans une crèche en guise de préparation, histoire de se familiariser avec le job de son personnage, Mads Mikkelsen s'est, par contre, refusé à pousser ses investigations sur des affaires de ce type: "Le film de Thomas ne s'inspire pas d'une affaire particulière, mais d'une cinquantaine de cas, peut-être. Qui plus est, notre propos n'est pas de défendre des innocents accusés erronément de quelque chose, ou de prétendre qu'il n'y a pas eu d'abus d'enfants -il y en a. Non, il s'agit de montrer comment un immense amour peut se transformer en une peur non moins grande qui va tout détruire sur son passage. Dès qu'il s'agit de nos enfants, l'impact s'en trouve démultiplié."La résonance du film également, qui explose littéralement une petite communauté soudée pour parler à chacun, en un drame happant le spectateur pour mieux le hanter ensuite -comme en écho à sa prestation, toute en intériorité, et appelée, à l'évidence, à marquer les esprits. On imagine l'acteur submergé par les émotions d'un personnage passant par toute la gamme des sentiments, jusqu'aux plus extrêmes? Lui s'en défend: "Une fois la prise terminée, je quitte le personnage. Il faut être capable de prendre de la distance pour évaluer ce que l'on fait, l'analyser, avant de s'y replonger émotionnellement. J'essaie de contrôler le processus, même si c'est parfois difficile: lorsqu'on consacre huit heures à une scène particulièrement lourde, il est impossible d'en sortir en un clin d'£il, parce qu'on est épuisé, et que les émotions se sont en quelque sorte fixées sur vous. Mais il faut pourtant y arriver: je ne veux pas qu'en rentrant chez moi, mes enfants me disent: "Hello Lucas." Pour eux, je suis Mads, et j'ai une vie que je tiens à pouvoir retrouver..." Pas mad, le Mads qui, pour des raisons familiales voisines, explique, par exemple, ne jamais avoir envisagé sérieusement de s'installer à Hollywood. Et qui, alors qu'on l'invite à évaluer le chemin parcouru depuis ses débuts, préfère parler bagage personnel que carrière: "Je ne regarde pas les films que j'ai tournés il y a cinq ans, pas plus que je n'y pense. Mais des choses se passent: on vieillit, je suis parti, avant de revenir. Le simple fait d'être seul au monde, à tourner des films dans une langue étrangère, vous change et vous apprend des choses. Vous dire quoi précisément, je ne sais pas, mais des choses se passent..." l CONCOURS FOCUS VOUS OFFRE 15X2 ENTRÉES POUR THE HUNT. RENDEZ-VOUS SUR WWW.FOCUSVIF.BE, RUBRIQUE FOCUS FACTORY. RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À CANNES