Il est 5 minutes en retard. Tout gêné. Et il a évidemment fait un tour à Matonge. Amoureux de l'Afrique et de ses musiques, Brian Shimkovitz se contentait encore il y a peu de digitaliser ses cassettes d'électro juju, de rap sénégalais et autre rock kényan et de les publier sur son blog, Awesome Tapes from Africa. Le New-Yorkais, qui mixait cet été avec ses bandes magnétiques aux Feeërieën, passe à la vitesse supérieure.
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Il est 5 minutes en retard. Tout gêné. Et il a évidemment fait un tour à Matonge. Amoureux de l'Afrique et de ses musiques, Brian Shimkovitz se contentait encore il y a peu de digitaliser ses cassettes d'électro juju, de rap sénégalais et autre rock kényan et de les publier sur son blog, Awesome Tapes from Africa. Le New-Yorkais, qui mixait cet été avec ses bandes magnétiques aux Feeërieën, passe à la vitesse supérieure. En 2002, j'étudiais l'ethnomusicologie à l'université. J'avais toujours rêvé de voyager. Je n'étais jamais sorti des Etats-Unis. Et je suis parti au Ghana. Je voulais me pencher sur le Highlife mais il n'existait plus vraiment. Du moins tel que je l'imaginais. Par contre, des gens ont attiré mon attention sur la scène hip hop. Au Ghana, ils l'appelaient hiplife. Un mélange de hip hop et justement de Highlife. Je suis rentré terminer mes études. Puis j'ai postulé pour obtenir une bourse de recherche. J'ai pu passer une année entière au Ghana à interviewer des rappeurs, des producteurs. Etant un collectionneur obsessionnel, je me suis mis à fouiller. A arpenter les magasins. A interroger ceux que j'y rencontrais. Dans le moindre village où je m'arrêtais, je partais à la rencontre de la population et de ses musiques. Je me suis tout de suite intéressé aux cassettes. Parce que si tu veux avoir accès là-bas à la plus grande variété de styles possible, c'est le support que tu dois privilégier. Sans doute parce qu'ils roulent avec de vieilles voitures d'occase qui viennent d'Europe, des Etats-Unis, du Japon et possèdent de tout aussi vieux autoradios. Au départ, j'y parlais de mes recherches au Ghana. Mais je me suis vite rendu compte qu'il serait plus amusant et intéressant de se diriger vers quelque chose d'accessible que de se casser la tête sur le moindre détail et de se lancer dans des réflexions encyclopédiques. J'ai voulu créer un format simple qui me permette de partager les cassettes les plus intéressantes et bizarres que je pourrais trouver. Et évidemment celles que j'avais déjà récoltées et qui s'impatientaient dans une boîte en carton. Je voulais en faire profiter mes amis mais j'ai vite réalisé que des gens venant de styles totalement différents y prêtaient attention. Des mecs se sont mis à m'envoyer des cassettes des 4 coins du monde. Je poste souvent sur le blog des artistes dont il n'existe aucune référence, aucune information sur les moteurs de recherche. C'est rare en 2011 de mettre la main sur des choses "ungoogleable". Je trouve ça fascinant. C'est la preuve que toute la connaissance du monde n'est pas disponible sur Internet. J'essaie de sortir la musique d'où elle est enfermée. D'ouvrir les oreilles des gens. De leur montrer qu'il n'y a pas que Fela. La préservation n'est pas le plus important pour moi. J'ai bien mis un an avant de réaliser que ces disques pourraient disparaître à jamais. En fait, il y a 2 questions à se poser. Combien d'exemplaires de la cassette ont été réalisés et combien de temps ces bandes vont-elles durer? Elles ont une bonne espérance de vie si elles sont entreposées dans des environnements sombres et sains. Mais là où elles sont en Afrique, elles sont soumises à rude épreuve, copiées, recopiées... Je trouverais génial de créer des archives numériques interactives auxquelles les gens auraient accès. Mais maintenant que j'ai 4000 et quelques cassettes, il faut que je trouve un moyen de les digitaliser. Une armée d'étudiants prêts à m'aider. Je veux prouver que la bonne musique ne doit pas nécessairement être synonyme de nouveauté. J'ai ouvert le blog au moment où de nombreuses compilations ont commencé à voir le jour sur Strut et Sublime Frequencies... Il est donc naturel pour moi de passer à l'étape suivante. De tenter d'aider ces musiciens à se faire de l'argent et à jouer dans ces festivals auxquels je suis pour l'instant convié. Ma petite amie me demande tout le temps pourquoi les programmateurs me veulent en Europe? Pourquoi est-ce qu'ils n'invitent pas tous ces groupes? Parce que pas plus que moi, ils ne savent où ils sont, comment les contacter. A l'avenir, je veux sortir de la house sud-africaine, du hip hop tanzanien mais je n'ai encore retrouvé la trace d'aucun des artistes. Ça va être la part la plus compliquée du boulot. Les retrouver, savoir qui possède les droits. Avant, je fouillais pour trouver des cassettes. Maintenant, je fouille pour retrouver des gens. l u WWW.AWESOMETAPES.COM ENTRETIEN JULIEN BROQUET