En découvrant le parcours de Murilo Rubião (1916-1991), conjuguant nombre de fonctions officielles et diplomatiques (à commencer par directeur du cabinet de Juscelino Kubitschek, futur président du Brésil) et, en guise de violon d'Ingres, un goût pour les nouvelles étranges, on serait ten...

En découvrant le parcours de Murilo Rubião (1916-1991), conjuguant nombre de fonctions officielles et diplomatiques (à commencer par directeur du cabinet de Juscelino Kubitschek, futur président du Brésil) et, en guise de violon d'Ingres, un goût pour les nouvelles étranges, on serait tenté de songer à la passion d'Herman Van Rompuy pour le haïku. Mais notre politique brésilien est fait d'un autre bois que le flamand philosophe, et nettement plus versé dans l'absurde. Dans ce recueil riche en métamorphoses parfois multiples (comme celles du lapin Teleco), Rubião sort de sa manche quinze nouvelles (à la réception judicieusement remise en contexte par le traducteur Dominique Nédellec) sur la trentaine que compta son oeuvre. On croisera ici, parmi d'autres hères plus ou moins désillusionnés, un magicien malgré lui qui espère mourir d'ennui en embrassant la fonction publique, des dragons immoraux et éthyliques et une femme qui enfle lorsque son compagnon accède à ses incessantes demandes. Si une langue à l'os sert de socle au réel, la fantaisie n'hésite jamais à s'engouffrer par le double-fond. Pour preuve: si le narrateur d' Alfredo assène à son épouse que " le surnaturel est une vue de l'esprit", il reconnaît pourtant aussitôt dans un chameau son frère disparu. À votre tour de croire aux miracles mélancoliques!