À l'instar de celui de Selma, l'héroïne de son premier long métrage, le parcours de Kamir Aïnouz, la réalisatrice franco-algérienne de Cigare au miel, s'est arrêté un temps à la case école de commerce. " Mais, précise-t-elle tout de go, j'ai toujours voulu faire du cinéma, et si j'ai bifurqué vers cette école, c'est pour mes parents surtout, étant donné leur parcours, et le fait que l'éducation était la seule façon de sortir d'un système, quand même, d'oppression." Si elle tâte un temps de la finance internationale, c'est pour revenir à ses premières amours, la jeune femme étudiant le cinéma à l'USC School of Cinematic Arts de Los Angeles ava...

À l'instar de celui de Selma, l'héroïne de son premier long métrage, le parcours de Kamir Aïnouz, la réalisatrice franco-algérienne de Cigare au miel, s'est arrêté un temps à la case école de commerce. " Mais, précise-t-elle tout de go, j'ai toujours voulu faire du cinéma, et si j'ai bifurqué vers cette école, c'est pour mes parents surtout, étant donné leur parcours, et le fait que l'éducation était la seule façon de sortir d'un système, quand même, d'oppression." Si elle tâte un temps de la finance internationale, c'est pour revenir à ses premières amours, la jeune femme étudiant le cinéma à l'USC School of Cinematic Arts de Los Angeles avant d'enchaîner avec l'écriture de scénario à l'Université de Californie. Et contribuer dans la foulée au script de LOL USA de Liza Azuelos, avant de s'atteler, enfin, à son premier long. Découvert l'an dernier à la Mostra de Venise, celui-ci s'inspire largement de son expérience personnelle, la cinéaste parlant d'ailleurs d'une oeuvre semi-autobiographique: " Comme Selma, j'ai grandi dans une famille avec des parents qui avaient fait des études universitaires poussées, et dans un environnement plutôt privilégié et laïque. Une des intentions du film, c'est que je me suis rendu compte qu'à l'époque -au début des années 90, NDLR-, je ne me sentais pas représentée à l'écran, ni à la télévision ni au cinéma. D'une part, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de personnages de jeunes filles, notamment quand il était question de sexualité. Et d'autre part, parce que dès qu'il y avait un film maghrébin, et algérien spécifiquement, ça se passait en banlieue, et tournait autour de questions sociales qu'il fallait et qu'il faut continuer d'explorer, mais qui ne correspondaient pas à ma vie. Mon film montre que même si l'on s'extrait des questions sociétales et religieuses, dès qu'on en arrive à la question de la sexualité d'une jeune fille, tout se resserre, il y a un énorme verrou qui demeure. En réalité, ce n'est pas qu'une question de religion ni de milieu social, c'est une question de genre." Cette thématique, Cigare au miel l'explore à la suite de Selma, une jeune fille que la découverte de la puissance de son propre désir va conduire à vouloir s'émanciper du modèle imposé tant par son entourage que par la société. Un appel de liberté vibrant, devant la caméra de Kamir Aïnouz, d'une enivrante sensualité, la cinéaste ayant réussi à conférer à sa mise en scène la texture d'une caresse prolongée. Non sans avoir tenu à faire rimer cette histoire intime avec les troubles violents que connaissait l'Algérie à l'époque, images d'archives à l'appui. " Je parle de ce que je connais, et cette époque m'a profondément marquée, explique-t-elle. J'ai été inspirée par des films comme C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, ce genre de récits de coming of age qui s'installent dans l'adolescence de leur réalisateur ou réalisatrice. Instinctivement, j'ai placé l'histoire dans les années 90. Cela faisait beaucoup monter les enjeux pour cette famille d'avoir pour toile de fond le début de cette décennie noire du terrorisme en Algérie, qui est la marque d'un extrémisme religieux dont l'un des axes principaux est d'enfermer le corps de la femme." Et le film, du reste, parle également au présent.