Les expos temporaires du Victoria and Albert Museum, ce temple londonien dédié aux arts décoratifs et au design, déçoivent rarement. Sujets originaux (de l'emprise des marques à la culture black en attendant la vaste rétrospective consacrée à Bowie l'an prochain), rigueur dans le traitement et scénographies décoiffantes... L'institution a les moyens de ses ambitions. Mais en proposant cet automne une galerie de 130 costumes de cinéma, les plus célèbres et certifiés authentiques, on redoutait l'effet gadget, le côté artificiel, figé et désincarné des musées de cire. Bref, un attrape-touristes.
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Les expos temporaires du Victoria and Albert Museum, ce temple londonien dédié aux arts décoratifs et au design, déçoivent rarement. Sujets originaux (de l'emprise des marques à la culture black en attendant la vaste rétrospective consacrée à Bowie l'an prochain), rigueur dans le traitement et scénographies décoiffantes... L'institution a les moyens de ses ambitions. Mais en proposant cet automne une galerie de 130 costumes de cinéma, les plus célèbres et certifiés authentiques, on redoutait l'effet gadget, le côté artificiel, figé et désincarné des musées de cire. Bref, un attrape-touristes. Une crainte dissipée dès la première salle de Hollywood costume. Et même avant, avec cet écran XXL cueillant le visiteur dans l'entrée et où défilent les silhouettes les plus mémorables du 7e Art, de John Wayne à James Bond en passant par la bande de The Wizard of Oz. Une manière de le conditionner avant de l'inviter à traverser la toile. Effet garanti. Quand on tombe nez à nez juste après sur le costume étriqué et en haillons, les godillots poussiéreux, le chapeau boule et la canne de Charlot, les images de ses films affluent automatiquement. La gorge se noue. C'est comme si Chaplin était là, à moins d'un mètre. En un instant, on prend conscience, si ce n'était déjà fait, que l'habit fait le moine au cinéma. Sans l'acteur, le personnage existe. Tout le mérite en revient à ces artistes de l'ombre dont on ignore souvent le nom, même quand ils sont couverts d'Oscars. Comme le dit Meryl Streep, avec un bon costume, la moitié du travail est déjà fait. Cette première escale, baignée dans la pénombre où scintillent les visages des acteurs sur les mini écrans surmontant chaque installation, montre comment le costume façonne l'identité du personnage. Tantôt dans l'opulence (les soieries brodées de The Last Emperor), tantôt au contraire dans la sobriété (le look passe-partout de Jason Bourne, discrétion oblige). Dans les traces d'usures, les couleurs passées, on devine la vie. C'est comme si leurs locataires venaient de quitter ces secondes peaux. On avance en retenant son souffle. Devant le peignoir du Duke ( TheBig Lebowski), on se retient de se mettre à genoux, devant le drapé de Scarlett O'Hara ( Gone With the Wind), on écrase presque une larme. Après le hors-d'£uvre, le plat de résistance. La deuxième salle explore la collaboration entre les réalisateurs et les costume designers. Un subtil jeu d'écrans permet de faire dialoguer Burton et Colleen Atwood ou Scorsese et Sandy Powell comme s'ils nous parlaient directement. Edith Head, une fidèle de Hitchcock, raconte que le maître était très sensible à la couleur des vêtements, lui qui concevait ses films comme des tableaux. D'où le choix par exemple d'un ensemble vert Nil sobre pour Tippi Hedren dans Birds, histoire de ne pas distraire le spectateur de son angoisse... Ils sont tous là: Dark Vador, qui a l'air d'avoir été fabriqué avec des pièces de rebut informatique, Travis Bickle, dont De Niro n'a pas quitté la veste aviateur et le jean pendant tout le tournage de Taxi Driver... Il ne manque guère que quelques pièces, notamment Citizen Kane, disparu avec le reste des décors du film. Enfin, pour le dessert, toujours dans une mise en scène cinématographique, le visiteur a droit à un feu d'artifice des légendes les plus populaires du cinéma, chaque icône étant figée dans sa posture, Kill Bill en suspension, Batman en surplomb. On navigue dans le temps, comme dans un rêve, scrutant le moindre pli de la robe ivoire de Marilyn dans l'espoir de la voir ressusciter, ou lorgnant avec amusement l'accoutrement de Jack Sparrow ( Pirates of the Caribbean), que Johnny Depp s'apprête à enfiler pour la 5e fois. On sort de là des paillettes pleins les yeux, avec le sentiment d'avoir pu pénétrer dans la garde-robe particulière du dieu du cinéma. Hollywood plus vraie que nature à 2 h de Bruxelles. Qui dit mieux? HOLLYWOOD COSTUME, AU VICTORIA AND ALBERT MUSEUM À LONDRES, JUSQU'AU 27 JANVIER 2013. WWW.VAM.AC.UK LAURENT RAPHAËL, À LONDRES