Le showbiz, il connaît. Pourtant il s'en méfie comme de la peste. Enfant star dès le début des années 90, alors qu'il n'a pas encore 10 ans, il multiplie les apparitions au rayon pubs, séries, téléfilms et autres longs métrages à un rythme effréné, avant d'appuyer sur la touche "pause" en 2000 pour se consacrer à l'étude de l'Histoire, de la littérature et de la poésie française à l'université de Columbia. Quatre ans plus tard, Joseph Gordon-Levitt décide néanmoins de (re)devenir acteur pour de bon mais à une condition: ne jouer que dans des bons films. Précepte aussi arbitraire qu'incertain dont il ne se départira pourtant guère, enchaînant bientôt les tournages avec ce que l'Amérique compte de plus solides cinéastes: Gregg Araki (Mysterious Skin en 2004), Rian Johnson (Brick en 2005, Looper en 2012), Christopher Nolan (Inception en 2010, The Dark Knight Rises en 2012), Steven Spielberg (Lincoln en 2013), Robert Rodriguez (Sin City: A Dame to Kill For annoncé pour ...

Le showbiz, il connaît. Pourtant il s'en méfie comme de la peste. Enfant star dès le début des années 90, alors qu'il n'a pas encore 10 ans, il multiplie les apparitions au rayon pubs, séries, téléfilms et autres longs métrages à un rythme effréné, avant d'appuyer sur la touche "pause" en 2000 pour se consacrer à l'étude de l'Histoire, de la littérature et de la poésie française à l'université de Columbia. Quatre ans plus tard, Joseph Gordon-Levitt décide néanmoins de (re)devenir acteur pour de bon mais à une condition: ne jouer que dans des bons films. Précepte aussi arbitraire qu'incertain dont il ne se départira pourtant guère, enchaînant bientôt les tournages avec ce que l'Amérique compte de plus solides cinéastes: Gregg Araki (Mysterious Skin en 2004), Rian Johnson (Brick en 2005, Looper en 2012), Christopher Nolan (Inception en 2010, The Dark Knight Rises en 2012), Steven Spielberg (Lincoln en 2013), Robert Rodriguez (Sin City: A Dame to Kill For annoncé pour 2014)... Après s'être rôdé sur une poignée de vidéos et de courts métrages remarqués, l'acteur francophile se fend aujourd'hui d'un premier long en tant que réalisateur, Don Jon. Soit l'histoire de Jon Martello (Gordon-Levitt lui-même), jeune séducteur standard et autocentré, le genre à distribuer des cotes aux nanas qu'il emballe en soirée, quand il n'est pas occupé à satisfaire son appétit dévorant pour le porno. Ce qui nous vaut une ouverture en forme d'avalanche de ces images hyper sexuées dont le quotidien nous bombarde aujourd'hui. "Le film cherche d'abord à charmer avec la promesse d'une satisfaction des attentes générées par les images, les écrans, qui nous entourent, analyse l'acteur-réalisateur alors qu'on le rencontre à Gand, en marge du Film Fest, en octobre dernier. Avant de créer une rupture en tendant un miroir au spectateur pour lui dire: "Regarde ce que tu désires. Tu souhaites vraiment que ça se passe comme ça?"" S'agissant de Jon, sa rencontre avec Barbara (Scarlett Johansson, qui d'autre?), bombe atomique passionnée de cinéma à l'eau de rose, et le coup de foudre qui s'ensuit vont bientôt faire vaciller ses repères. L'une des idées fortes du film consistant à placer vidéos pornographiques et comédies romantiques sur un pied d'égalité, ni les unes ni les autres ne rendant compte d'une quelconque réalité... "Les comédies romantiques, les films de cul, les émissions de télévision, les pubs... débordent de fantasmes irréalistes dans leur représentation des corps, du sexe ou de l'amour. Je ne dis pas que c'est forcément une mauvaise chose de consommer des fantasmes, mais la vraie question est: qu'en faisons-nous en tant qu'individus? Si l'on attend que notre vie s'y conforme, alors on s'expose à une série de fameuses déceptions. Dans le film, Jon et Barbara passent, chacun à sa manière, à côté de la beauté de la vraie vie parce qu'ils sont trop occupés à souhaiter que leur quotidien colle à leurs attentes désincarnées. " Et l'un comme l'autre en effet d'envisager son existence comme une constante checklist dont il faudrait cocher consciencieusement chaque élément à posséder: un appart, une voiture, un boulot, une copine... "C'est l'un des grands problèmes humains et relationnels de l'époque, et enmême temps je crois que cette logique ne date pas d'hier. Je parlais récemment avec ma mère de ce champ sur les profils Facebook qui permet d'indiquer si vous êtes célibataire ou en couple, certaines personnes donnant du coup l'impression de vouloir rencontrer quelqu'un juste pour pouvoir le signaler sur leur page. Ce qui revient à réduire toute relation à un truc bêtement quantifiable et binaire. Et ma mère de me faire alors remarquer: "A mon époque, on n'avait pas de réseaux sociaux mais on se définissait spontanément soit comme une jeune fille qui sortait avec quelqu'un, soit comme une jeune fille qui ne sortait avec personne. Et c'était tout aussi simpliste." Le problème est récurrent: on a tendance à sur-simplifier la vie et chosifier les gens, au lieu de creuser et d'essayer d'envisager chaque individu comme un être unique et complexe. " Se voir traité comme un objet (de culte) plutôt que comme une vraie personne, ne serait-ce pas, au fond, le lot de tout acteur gagné par le succès? "Complètement. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'ai voulu raconter cette histoire. En tant qu'acteur, je me sens souvent comme une espèce de "chose" posée sur un piédestal. C'est lié à toute cette culture de la célébrité. Déjà tout jeune, je devais me battre pour ne pas apparaître dans ces magazines pour ados. Mais les acteurs ne sont pas les seuls à vivre ça. Tout un chacun a déjà expérimenté le fait de ne pas être apprécié à sa juste valeur, de ne pas être traité en tant qu'individu mais en tant qu'objet qu'on range dans une boîte sur laquelle est collée une étiquette définissant d'avance sa supposée nature." RENCONTRE Nicolas Clément