Nathaniel Rateliff & The Night Sweats
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Nathaniel Rateliff & The Night Sweats DISTRIBUÉ PAR CAROLINE. 9 Pouvait pas dire qu'on l'attendait celui-là. Le prénommé Nathaniel, 36 ans, venu d'un bled du Missouri rural -Hermann, 2 431 âmes- a grandi à Denver, Colorado, pondant ici l'un des meilleurs disques blacks des 30 dernières années. Sauf que le mec, un peu beatnik maritime, un peu Van Morrison jeune, un peu moustachu aussi, est on ne peut plus blanc. Casquette et pilosité affichées, tatouages de Madame Irma et colliers incertains de perlouzes voyantes: le genre de charisme pourrait vite être confondu avec un eczéma white trash. Sauf qu'évidemment, le trentenaire ayant déjà sorti une poignée d'albums sous son nom -passés inaperçus- chante divinement bien. Plus que. Et même davantage. Avec ce sillon à la fois sensuel et bourré de testostérone poilue, sudation nature et puissance tranquille qui ramènent fissa aux heures inouïes de la soul sixties, à Otis ou plus précisément, Sam & Dave. Une manière de faire chavirer voyelles et consonnes dans le plaisir souple, comme si le caoutchouc était une matière première émotionnelle. Sans du tout avoir l'impression de fréquenter un pécher vintage à la Leon Bridges, auquel par ailleurs, on reconnaît du talent. Au-delà de la voix -pas loin du statut impérial donc-, Nathaniel trouve aussi la pulpe des chansons. Elles sont onze et soignées comme des malades atteints de tuberculose: on a l'impression que la longue quarantaine qui les a frappées libère au final des atomes insoupçonnés de guérison jouissive. Dès le morceau d'intro, I Need Never Get Old, le jus s'étale dans une cargaison de cuivres sauvages, plus ou moins présente à chaque titre. Le truc fonctionne sous le sceau du mariage entre ce chant nasillard aux grandes ambitions et la quasi-fanfare permanente. La tension naturelle qui en résulte amène des images en vrac: l'Amérique épidermique des années 60, Southside Johnny, le label Stax - actuelle compagnie de Nathaniel- et l'énergie surnaturelle que Springsteen mettait dans ses disques au temps de Born to Run. Même si on sent bien que Nathaniel adore les ballades crève-coeur (Wasting Time, Mellow Out), c'est lorsqu'il fait chauffer le charbon qu'il est le plus impressionnant. S.O.B., pour Son of a Bitch, évoque John Belushi et les Blues Brothers, le gospel dynamite de James Brown et le sens inné du refrain gluant, soit une chanson née pour passer en radio universelle et dans les soirées des 50 prochaines années. Si vous ne dansez pas sur cette explosion -"Son of a bitch/Give me a drink (...) Son of a bitch/If I can't get clean/I'm gonna drink my life away"-, vous êtes probablement déjà mort. EN CONCERT LE 13/10 À L'AB CLUB, WWW.ABCONCERTS.BE PHILIPPE CORNET