DE NICOLAS REY, ÉDITIONS AU DIABLE VAUVERT, 183 PAGES.
...

DE NICOLAS REY, ÉDITIONS AU DIABLE VAUVERT, 183 PAGES. Ce qu'il y a de formidable chez Rey, c'est qu'on s'attache... Artistiquement, son £uvre n'est pas fondamentale à la survie de l'espèce mais on s'attache. Peu porté sur la narration fluide et continue, Nicolas Rey a fait des séquences courtes et souvent décalées, et des émotions camouflées derrière un cynisme de bon aloi son style si particulier. Dans Un léger passage à vide paru en 2010, il parvenait encore à nous tenir en haleine grâce à ses trouvailles délirantes. C'est moins le cas dans ce 7e roman où le presque quadragénaire commence à se répéter et à se complaire dans une nouvelle virginité affichée. Il fonctionne à l'affect, comme la plupart de ses contemporains et ce modus vivendi ne lui va pas si bien. A partir des notes éparses de son journal, il opte pour la même découpe que dans son roman précédent: une avalanche de petits chapitres parfois anarchiques, un langage saccadé, branché, souvent sincère. Une fois de plus, il confirme son admiration sans borne pour Kléber, son gourou démoniaque, son El Magnifico, et met en scène son jeune fils Hippolyte à qui il prodigue les conseils avisés d'un père sur le retour et à travers qui il anticipe sa vieillesse. Et puis, il y a l'arrivée de Maud Pauli, la nouvelle conquête de Nicolas, une pétroleuse-nympho-hystérique, "sa passion", à la voix éraillée, qui adore baiser, surtout dans les hôtels de province. Il y est accro, c'est sa nouvelle cocaïne pour laquelle il irait jusqu'à s'endetter en s'achetant un appartement de père responsable et autonome, à jeter tous ses médicaments, même s'il doit dans la foulée couler une bielle assez rapidement. Bienvenue à Angoisse-land où Nicolas perd rapidement ses repères dans un état de jalousie pathologique. Et de délirer sur tout ce qui pourrait arriver à Maud, depuis la grève à France Télécom jusqu'aux retrouvailles avec un type portant un chèche palestinien. Heureusement, il reste drôle, très drôle par moments. Quand il nous décrit les salles d'attente de la gent médicale, celle du pédiatre en particulier, où les monceaux de jouets sales dégagent des miasmes de bactéries palpables à l'£il nu. Et quand il donne ses conseils à son fils pour sa première boum ou son premier râteau, on retrouve le paumé génial qui nous avait tant régalés. Certains lecteurs apprécieront ce badinage parfois stéréotypé, d'autres détesteront son ego surdimensionné quand il compare son humour à celui de Woody Allen. Les jeunes, quant à eux, "kiffent" ses romans, preuve d'une certaine ingénuité? A notre tour de vous donner un conseil, Nicolas Rey: n'oubliez pas les 3 grammes de cocaïne que vous avez planqués dans votre frigo, entre un sac de pommes frites et une pizza, ils vous vont si bien -littérairement parlant, s'entend. MARIE-DANIELLE RACOURT