Entre Femi Kuti (1962) et son demi-frère Seun (1982), il y a une génération et une mère d'écart et un père commun fameux, Fela Anipulapo Kuti (1938-1997). Icône africaine de la résistance à la tyrannie des dictatures, celles d'un Nigéria fissuré par la corruption et la colossale manne pétrolière. Élevé par sa mère -seule épouse officialisée de Fela-, Femi fait ses classes dès seize ans au sein d'Egypt 80 (ex-Africa 70), le mythique band paternel, mais se distance à la vingtaine du style polygame défoncé du pater. Chanteur-saxophoniste com...

Entre Femi Kuti (1962) et son demi-frère Seun (1982), il y a une génération et une mère d'écart et un père commun fameux, Fela Anipulapo Kuti (1938-1997). Icône africaine de la résistance à la tyrannie des dictatures, celles d'un Nigéria fissuré par la corruption et la colossale manne pétrolière. Élevé par sa mère -seule épouse officialisée de Fela-, Femi fait ses classes dès seize ans au sein d'Egypt 80 (ex-Africa 70), le mythique band paternel, mais se distance à la vingtaine du style polygame défoncé du pater. Chanteur-saxophoniste comme son frère, fils d'une choriste de Fela, Seun s'enrôle très jeune dans Egypt 80 dont il prend le leadership à la mort du père. Il a alors quatorze ans! Entre les deux frangins, un héritage commun de l'afrobeat tutélaire, mais des options et carrières divergentes. Seun semble cloné sur le modèle musical protestataire de Fela, poussant le répertoire paternel sur scène, laissant aux morceaux le bénéfice de digressions hypnotiques ou rébarbatives -c'est selon- par leur durée. Femi, intéressé par les ressources électroniques, pratique une forme (relative) de concision, davantage ouverte aux influences extra-africaines, par exemple sur son album de 2001, Fight to Win, featurant Mos Def et Common. Deux caractères qui racontent l'Afrique noire du XXIe siècle tout en s'adressant également au public occidental, mais pas de la même façon. Seun propose six plages longues -six à dix minutes- entamées par Last Revolutionnary, carte de visite idéologique où il dresse une liste de combattants à la Lumumba ou Sankara, dont son père et lui font forcément partie. Il chante vite et âpre sur un beat synchro, hachuré par les choeurs féminins en contrechamp et une armada rythmique pressée. La rhétorique seuniste est simple: sur un afrojazz à toute berzingue, les textes javellisent fausses promesses politiques et misère sociale. On peut se passer de la guitare de Carlos Santana sur la plage titulaire -hors propos- et se laisser bercer par la frénésie domptée d' African Dreams, où Seun fustige l'exploitation de l'Afrique. Vaste programme aux sonorités cuivrées, le point commun le plus évident avec le disque de Femi. Grand frère emprunte les mêmes thèmes d'égalité et d'épanouissement social avec moins de slogans et des arrangements plus pointus. En particulier, sur l'orgue Hammond rhythm'n'blues et les cuivres, bataillons cinglants et fraternels, dont la vitalité orchestrée devient synonyme d'espoir: à une époque musicale volontiers en extase devant le pas grand-chose, cette Afrique funky apporte un salutaire contenu.