Scott Ramon Seguro Mescudi, alias Kid Cudi, naît le 30 janvier 1984. Son père est d'origine mexicaine et peintre en bâtiment, sa mère afro-américaine et prof de chant pour lycéens: il grandit dans 2 banlieues de la classe moyenne de Cleveland, Ohio. Le rap y est écouté, comme partout ailleurs en Amérique, mais il n'existe aucune scène locale. Quand le Kid débarque, la planète a déjà une quinzaine d'années rappeuses dans les dents. Ses meilleures, ses plus engagées. " Le rêve américain, c'est une maison, un barbecue et 2 voitures dans le garage. " La parole n'est pas de George Bush Jr mais des Last Poets, rencontrés au Botanique au c£ur des années 80. Pionniers hip hop (ou hip bop), militants noirs et musulmans, ils moquent le mode de vie conventionnel US et prônent, dès la fin sixties, un style musical syncopé doublé d'une idéologie révolutionnaire. Ils ignorent que le rap sera, un jour, le Wall Street frimeur de la musique. A sa manière, Public Enemy reprend brillamment le flambeau. Kid Cudi vient de quitter les maternelles et rêve déjà de devenir dessinateur: il barbouille ses oreillers de marqueur rouge, puis s'endort dessus. Le motus de PE est rouge aussi: plus Malcom X que Martin Luther Kin...

Scott Ramon Seguro Mescudi, alias Kid Cudi, naît le 30 janvier 1984. Son père est d'origine mexicaine et peintre en bâtiment, sa mère afro-américaine et prof de chant pour lycéens: il grandit dans 2 banlieues de la classe moyenne de Cleveland, Ohio. Le rap y est écouté, comme partout ailleurs en Amérique, mais il n'existe aucune scène locale. Quand le Kid débarque, la planète a déjà une quinzaine d'années rappeuses dans les dents. Ses meilleures, ses plus engagées. " Le rêve américain, c'est une maison, un barbecue et 2 voitures dans le garage. " La parole n'est pas de George Bush Jr mais des Last Poets, rencontrés au Botanique au c£ur des années 80. Pionniers hip hop (ou hip bop), militants noirs et musulmans, ils moquent le mode de vie conventionnel US et prônent, dès la fin sixties, un style musical syncopé doublé d'une idéologie révolutionnaire. Ils ignorent que le rap sera, un jour, le Wall Street frimeur de la musique. A sa manière, Public Enemy reprend brillamment le flambeau. Kid Cudi vient de quitter les maternelles et rêve déjà de devenir dessinateur: il barbouille ses oreillers de marqueur rouge, puis s'endort dessus. Le motus de PE est rouge aussi: plus Malcom X que Martin Luther King, plus tribal que vagal. Dans le South Bronx, là où Afrika Baambaata a instauré le DJing parlé, le décor cramé d'un Blade Runner nègre colle à la difformité urbaine comme une B.O. enamourée: conférant à une Haïtienne chocolatée rencontrée à la 59e rue la grâce d'une princesse de Saba qui planerait sur les White Lines de Grandmaster. Kid Cudi doit avoir 5 ou 6 ans quand le succès rap fusille enfin la planète: chaque gamin se met alors à singer un bagage trimballé par MTV et consorts, achetant du hip hop comme on colle dans un album des images de footballeur vedette. Kid a 11 ans, perd son père (cancer) et découvre le fatras West Coast, sans imaginer qu'un jour, il duettisera avec Snoop Dogg et Jay-Z après avoir affolé le compteur de Kanye West, cardinal du nouveau flow millionnaire, qui le signe sur son label G.O.O.D Music, à l'automne 2008. En 2010, la majeure partie du rap US, ex-musique transgressive et cinglante, est un Hummer décérébré par le fric accélérant sur l'autoroute de la parodie. Mais justement on aime Kid Cudi parce qu'il s'éloigne des montagnes de clichés: cela se soigne docteur? Dans la voiture coupant le brouillard de l'automne belge tourne ce second volume de Kid Cudi, Man On The Moon II: The Legend Of Mr Rager, comme le précédent, construit en 5 " mouvements" ( lire critique dans Focus de la semaine dernière). Le Kid a le truc pour les mélodies gluantes qui flirtent avec la pop ou les synthés électro sans port de condom: il peut y avoir une pointe de Floyd dans les entrelacs suspendus qui baignent les morceaux complexes ( These Worries featuring Mary J. Blige ) ou même l'influence d'Hendrix dans les guitares affolées ( Erase Me). Même si De La Soul ou A Tribe Called Quest sont des cousins naturels, le Kid s'aventure dans des territoires éloignés du bahut hip hop: 50 Ways To Make A Record, sorti en 2008, emprunte au 50 Ways To Leave Your Lover de Paul Simon, tout en reprenant des expressions de Cum On Feel The Noize de Slade, glam band anglais du début seventies! En attendant, le Scott Mescudi VS. The World qui entame le nouvel opus est presqu'un morceau à la Buggles. Mi-bubblegum années 80, mi-chat sur Internet vision soul. Raconté d'une voix qui, contrairement à 95 % des larynx rap, ne s'empresse pas de mettre crûment la testostérone sur la table. La voix du Kid est un souffle qui déballe ses longues narrations, un flow de prince coquin qui dit: " You're now in the world I'm ruling." Esthétiquement différent mais avec une pointe mégalo quand même. Lorsqu'il sacrifie au charabia habituel - niggaz et autres shit et fuck ( Mojo So Dope)-, cela reste pourtant plus Robin des Bois que 50 Cent. Mais la modestie du volume n'empêche pas l'effet d'hypnose: sur Wild'N Cuz I'm Young, Kid récite le texte à la manière d'un mantra caméléon, les mots s'allongeant dans une prosodie continue, linéaire, filant vers un point inconnu. Qu'on aimerait pouvoir identifier. Ce second disque renforce l'impression intimiste -mot légèrement ordurier en rap- et confessionnelle. Il est vrai que le Kid a un peu de grain à moudre dans sa besace à conneries. " J'ai commencé à prendre de la cocaïne pendant les interviews parce que je n'avais pas envie d'aller chaque fois à confesse", explique-t-il candidement à un magazine US, " puis, il fallait que je fume des pétards pour redescendre, à la fin de la journée, personne n'avait rien vu." La police new-yorkaise devait être plus attentive: le 11 juillet dernier, elle arrête Mr Cudi pour possession de poudre colombienne dans le quartier de Chelsea, à Manhattan. Il est condamné à 2 jours de travaux d'intérêt général. La pochette de Man On The Moon II: The Legend Of Mr Rager exhibe une attitude assez standard de rapper. Dans le livret, il est entouré de beautés, plus putes que carmélites, et, étrangement, pose dans quelques photos où un énorme couteau en main, il finit baignant dans son propre sang. Alors, qu'est-ce qui se passe? Crise de la vingtaine? Ou retour combiné d'une enfance meurtrie par la mort du père et ce succès trop brusque? Sur les traces d'un premier album écoulé à plus d'un demi-million de copies aux Etats-Unis, Cudi s'est vu inviter dans la gigantesque machine médiatico-musicale nord-américaine, talk-shows à la David Letterman et autres accoucheurs de vérité crue. L'équivalent maléfique de l'£il infernal de Sauron dans le Seigneur des Anneaux. Père d'une fille depuis mars 2010, le jeune homme de 26 ans s'est peut-être aussi pris un coup de blues générationnel dans les mâchoires. L'introspection -autre gros mot en rap- de ce second disque porte sur son propre ego aux dimensions gonflées et un style de vie qu'il trouve lui-même outrageux. Trapped In My Mind et All Along témoignent de la solitude de la star de fond, trouvant refuge dans les nuages de Marijuana. Pas forcément différent du jeune mec qui faisait frémir le rap underground à l'été 2008 avec sa mixtape A Kid Named Cudi. Mais assez riche pour posséder " Une maison, un barbecue et 2 voitures dans le garage"... l Texte Philippe Cornet