On ne va pas se mentir, selon l'abominable expression consacrée, un séjour à Paname avec des enfants prend souvent des allures de galère. En cause, une ville qui n'a pas grand-chose à proposer aux petits, que ce soit en matière d'espaces verts ou d'endroits de récréation. Heureusement, depuis 1975, les parents dépités peuvent compter sur le Musée en Herbe. Ce dernier propose " des parcours-jeux sur des thèmes artistiques, scientifiques et civiques, conçus pour les enfants". Petit avertissement: le lieu n'a rien de gigantesque, il ne faut pas escompter y passer l'après-midi. N'empêche, les quatre salles pensées intelligemment constituent un chouette momen...

On ne va pas se mentir, selon l'abominable expression consacrée, un séjour à Paname avec des enfants prend souvent des allures de galère. En cause, une ville qui n'a pas grand-chose à proposer aux petits, que ce soit en matière d'espaces verts ou d'endroits de récréation. Heureusement, depuis 1975, les parents dépités peuvent compter sur le Musée en Herbe. Ce dernier propose " des parcours-jeux sur des thèmes artistiques, scientifiques et civiques, conçus pour les enfants". Petit avertissement: le lieu n'a rien de gigantesque, il ne faut pas escompter y passer l'après-midi. N'empêche, les quatre salles pensées intelligemment constituent un chouette moment en famille. Surtout quand le thème est aussi porteur que celui de la pop culture japonaise. Monstres, Mangas et Murakami propose un voyage au coeur de l'imaginaire nippon. Les équipes pédagogiques du musée n'ont pas radiné sur la mise en scène car, outre la scénographie léchée, un tas d'accessoires permettent de vivre l'aventure pleinement. Qu'il s'agisse de jumelles, déguisements, carnets à remplir ou même de coussins péteurs apotropaïques, la panoplie fonctionne à plein régime. Ça rit de tous les côtés. On notera néanmoins que les bons clients de l'imagerie du pays du Soleil-Levant se passeront du prétexte d'une tête blonde à occuper pour aller promener leurs yeux. Seule contre-indication, on revient là-dessus: le caractère court du parcours qui risque de les laisser sur leur faim. Disons-le d'emblée, le grand mérite de l'accrochage, c'est de n'avoir pas livré une version expurgée de la forge visuelle nipponne. Que ce soit dans la dernière salle consacrée à la catastrophe, thématique prégnante pour un pays habitué aux séismes, ou à travers les aventures d'Inochi, un personnage mi-robot mi-enfant que l'on doit à Takashi Murakami, le propos est tout sauf édulcoré. À cet égard, les aventures dudit Inochi sont savoureuses. Au fil de ses courtes aventures projetées sur écran plat, l'hybride créature réalise ce qu'avoir un corps en chair et en os veut dire. Surtout ce matin où après avoir rêvé d'une petite copine de classe, il se réveille avec un piquet de tente dans le pyjama. Hilarant. À travers une série d'oeuvres provenant de la Collection Pinault ou du galeriste Emmanuel Perrotin, c'est Murakami qui règne en maître sur le propos. C'est d'ailleurs lui qui ouvre le bal par le biais d'une épatante sculpture de lion dont les traits ont été empruntés au Roi Léo d'Osamu Tezuka, mangaka culte dont l'oeuvre compte un millier de personnages et 7 000 histoires. On le sait, au Japon, la figure du félin protège les intérieurs. À côté de celui-ci sont éparpillées ses "lions-fleurs" comme autant de fleurons de l'esthétique "kawaii". En passant, l'oeil averti ne manque pas des "flowers" d'Andy Warhol, des masques sortis du Musée du Quai Branly mais également deux très beaux fac-similés de L'homme qui marche, sublime récit contemplatif signé par Taniguchi. Enfin, impossible de ne pas se délecter de la galerie de portraits de yokaïs, ces créatures ambivalentes issues d'un panthéisme inspiré par le shinto. Tanuki proche du blaireau ou Kappa que l'on apprivoise avec du concombre, il y a là tout un monde réenchanté.