Vous ne rêvez pas! Lewis Trondheim signe le scénario d'un album dans la collection "Troisième Vague" du Lombard. Non content de révolutionner, aux débuts des années 90, le monde encroûté de la BD francophone avec ses petits camarades des éditions de L'Association, le voilà qui s'attaque à ce contre quoi il se battait à l'époque: des albums cartonnés, 48 planches couleur aux scénarios té...

Vous ne rêvez pas! Lewis Trondheim signe le scénario d'un album dans la collection "Troisième Vague" du Lombard. Non content de révolutionner, aux débuts des années 90, le monde encroûté de la BD francophone avec ses petits camarades des éditions de L'Association, le voilà qui s'attaque à ce contre quoi il se battait à l'époque: des albums cartonnés, 48 planches couleur aux scénarios téléphonés. Et une fois de plus, il s'en sort haut la main. S'inscrivant totalement dans le cahier des charges de la collection, il imagine une jeune femme, Karmela Krimm, ancienne enquêtrice au sein de la police de Marseille qui, après une opération particulièrement musclée, est contrainte de quitter le service et se recycle comme détective privée. L'histoire commence lorsque Madame Perrini, femme d'un grand nom de la pègre assassiné un mois plutôt, contacte Karmela pour enquêter sur la mort de son mari. Malgré une odeur de soufre, elle accepte la mission, négociant des honoraires astronomiques. Elle sera assistée dans son enquête par un grand Comorien, homme de main prêté par la cliente, et par Manon, une gamine de douze ans, fille d'une ancienne collègue. Il ne sera pas fait ici le résumé de ce polar bien fichu, même si assez basique. On lorgne plus du côté d'un Canardo, d'un Choucas ou d'un Burma que d'un Alpha ou d'un Winch. L'intérêt réside dans les joutes verbales à plusieurs niveaux de lecture. Trondheim joue à merveille sur les a priori raciaux et de genres, retournant le lecteur comme une crêpe. Il a cette manière si particulière de s'approcher de la réalité en plantant des personnages vrais, ambigus, menteurs... Somme toute, humains. Le dessin de Biancarelli est efficace et remplit son office. Bref, Trondheim prouve qu'il peut s'attaquer à tous les genres de bande dessinée sans les dénaturer, tout en conservant son style reconnaissable entre tous.