Marc Huyghens n'est pas dupe. "J'avoue me laisser aller régulièrement à la dramatisation", prévient le meneur/moteur de Joy. "Mais c'est vrai qu'à un moment, s'il ne se passe rien, il est peut-être temps de se poser l'une ou l'autre question..." Il l'avait déjà fait avec Venus. A la fin des années 90, le groupe avait été la première formation francophone à embrayer sur la vague indie rock anversoise (dEUS & co). Malgré la reconnaissance internationale, il s'était sabordé en 2007.
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Marc Huyghens n'est pas dupe. "J'avoue me laisser aller régulièrement à la dramatisation", prévient le meneur/moteur de Joy. "Mais c'est vrai qu'à un moment, s'il ne se passe rien, il est peut-être temps de se poser l'une ou l'autre question..." Il l'avait déjà fait avec Venus. A la fin des années 90, le groupe avait été la première formation francophone à embrayer sur la vague indie rock anversoise (dEUS & co). Malgré la reconnaissance internationale, il s'était sabordé en 2007. Trois ans plus tard, Marc Huyghens refaisait surface avec une embarcation plus légère, baptisée Joy, et un premier album éponyme. Une formule à trois dont le but avoué était de revenir à l'essentiel. A bord, Françoise Vidick, debout derrière sa batterie, et Anja Naucler, au violoncelle, pour une musique non pas "expérimentale", mais bien "radicale", rock à la langueur "velvetienne", sombre et habité. Aujourd'hui, Joy est toujours un trio, mais entre-temps le casting a changé. Anja Naucler a filé vers d'autres horizons, amenant le binôme Huyghens-Vidick à réinterroger la formule. Marc Hugyhens: "Avant le premier album, on avait déjà hésité entre une basse ou un violoncelle. Avec le départ d'Anja, on s'est simplement reposé la question. La première expérience avait été très positive. Mais quand tu as déjà été à droite, tu as forcément envie d'aller voir à gauche..." En l'occurrence, vers une musique qui, tout en conservant son "crayonné" charbonneux, laisse davantage passer la lumière, à l'image du premier single tiré du nouvel album All The Battles, intitulé Sunday And I, peut-être ce que Marc Huyghens a écrit de plus simple, direct et frontal depuis longtemps. "Le violoncelle amène quasi intrinsèquement une couleur mélancolique. On avait envie cette fois d'élargir le spectre, de proposer quelque chose de plus lumineux." Restait à trouver la tierce personne. Françoise Vidick connaissait bien Katel, auteure de deux albums solos, vue également notamment chez Yann Tiersen. A l'époque, la Française a laissé Paris derrière elle pour partir un an en Bretagne. C'est là que les deux tiers de Joy la rejoindront, amenant avec eux deux, trois ébauches de morceaux, et surtout pas mal de doutes. "Ce n'était pas gagné, explique Marc. On n'avait jamais joué ensemble. Donc, en effet, en arrivant là-bas, je me suis dit que si cela ne fonctionnait pas, il ne servait peut-être pas à grand-chose d'insister avec Joy. Puis, finalement, tu passes une semaine magique et tu te demandes comment tu as pu te poser toutes ces questions. Si l'on n'était pas tombé sur Katel, je ne sais pas ce que l'on aurait fait..." C'est l'inconvénient des formations resserrées: enlevez une pièce du puzzle, et tout l'équilibre en est modifié, son existence menacée. Malgré cela, Joy n'aurait apparemment jamais pu être autre chose: trois lettres, trois musiciens, pas un de plus. "Parce que c'est plus intéressant de bosser dans un cadre restreint, dont vous essayez de repousser les limites." Katel, qui joue à la fois de la basse et de la guitare, confirme: "A trois, il est impossible de ne pas s'investir en permanence dans la musique. Même quand on ne joue pas, le silence se ressent différemment." Il est souvent compliqué de faire simple. Chez Joy, c'est pourtant là que semble se trouver la clé. Se tenir au strict minimum pour mieux (en) jouer. Marc Huyghens: "L'autre élément étant qu'on tenait à la répartition deux filles/un mec. Pourquoi? Disons qu'on a trois avis différents sur la question... Pour moi, une présence féminine amène une autre sensibilité, une autre façon d'appréhender la musique." Katel tique: "Je joue de la musique, et il se trouve que je suis une fille. Mais si j'ai une sensibilité différente de Marc, je ne sais pas si c'est lié au sexe, ou simplement au fait que l'on soit deux personnes différentes." L'intéressé remet la balle au centre: "De toute façon, il y a autant de féminité chez moi qu'il y a de masculinité chez Katel." Sur All The Battles, cela se marque notamment dans la manière dont les pistes vocales sont distribuées. Si la voix de Marc Huyghens reste le moteur de la majorité des morceaux, elle est souvent doublée par ses camarades, quand celles-ci ne prennent pas carrément en charge le titre (Drift and Drive, Nineteen Twenty Four, The White Coat). All The Battles alterne également sujets intimes et regards tournés vers l'extérieur. A sa manière, la pochette l'illustre parfaitement: un bâton en forme de revolver, "comme symbole des combats que chacun peut mener, qu'ils soient personnels ou inscrits dans une action plus politique. Après ce n'est qu'un bout de bois, on essaie de se débrouiller avec ça." Rien de guerrier donc derrière l'image, pour un disque qui s'est finalement imposé facilement, enregistré à Bristol en un petit mois, avec John Parish (PJ Harvey, Eels, Dominique A...). Il n'y a qu'à l'étape du mixage que la machine à douter de Marc Huyghens s'est remise à turbiner. "Je voyais John élaguer de plus en plus. Déjà qu'on ne développe pas 60 éléments par morceau! Mais c'était pour ça qu'on était là, et finalement le résultat sonne juste." Cette année, Marc Huyghens fête ses 50 ans. S'il n'en parle pas, il n'est pas certain que cela ne le travaille pas un peu. A peine concède-t-il être moins perfectionniste, ou en tout cas, avec l'âge, "ne plus vouloir s'attacher qu'aux choses essentielles". All The Battles se présente ainsi comme plus "solaire". Une chanson comme Life rappellerait même Beautiful Days, le tube de Venus, mandoline comprise. Le propos du morceau est-il aussi "solennel" que son titre veut le laisser croire? "Oui, mais c'est un peu comme chanter "J'aime la vie", c'est aussi absurde que ça (rires). Disons que c'est surtout lié au texte du refrain. Et puis Life était aussi une marque de cigarette anglaise que j'achetais avant. J'ai remarqué que Beth Gibbons de Portishead en fumait aussi. "Life" pour du tabac, c'est pervers, non? (rires)" On se disait bien... JOY, ALL THE BATTLES, CARAMEL BEURRE SALÉ/PIAS. 7 EN CONCERT LE 24/10,À LA BALSAMINE, ET LE 19/11 AU BOTANIQUE, BRUXELLES. RENCONTRE Laurent Hoebrechts