Devant sa classe d'Histoire, le bientôt majeur Livio prend la parole pour présenter la figure méconnue de Magnus Hirschfeld, un chercheur allemand fondateur en 1919, à Berlin, d'un "Institut de sexologie" -remarquablement pionnier sur les questions de transsexualité, d'inégalités de genre et de droits homosexuels. Un institut réduit en cendres dès l'avènement du chancelier Hitler, en 1933, puis écrasé encore sous les bombardements. Au fil de cet exposé -flûté, la voix tremblante au départ, puis mené d'un rythme de plus en plus emballant, revendicatif, affirmé-, Livio se présente à ses pairs autant que son médecin de sujet, assume peu à peu l'évidence et dévoile ce qu'il "avait toujours impeccablement caché", même aux yeux de sa petite amoureuse: son homosexualité ou, "selon ce que serinaient les médias, [son] orientation sexuelle, comme on [parle] d'orientation après le bac". "Il ne fallait pas être bien malin pour comprendre que depuis 40 minutes, Livio parlait de lui, de sa fragilité, de son impossibilité à trouver sa place." L'occasion pour Brigitte Giraud, via un dispositif moins subtil qu'espéré, mais néanmoins efficace, de lier opprobre des foules et pression totalitaire, violence des sales blagues de Tonton et acceptation encore très balbutiante, aujourd'hui même, de la différence.

De Brigitte Giraud, éditions Flammarion, 160 pages.

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