Apparu sur les écrans avec les années 40, le film noir devait laisser une empreinte indélébile sur le cinéma hollywoodien, alignant les classiques une bonne dizaine d'années durant, et engendrant une descendance nombreuse -jusqu'à ce qu'on appellerait, un demi-siècle plus tard, le film néo-noir. Elephant Films en propose aujourd'hui un remarquable échantillon avec quatre pépites oubliées, fugues urbaines marquées, comme il se doit, du sceau de l'angoisse et de la fatalité. Ainsi de La Clé de verre, adapté en 1942 par Stuart Heisler du roman éponyme de Dashie...

Apparu sur les écrans avec les années 40, le film noir devait laisser une empreinte indélébile sur le cinéma hollywoodien, alignant les classiques une bonne dizaine d'années durant, et engendrant une descendance nombreuse -jusqu'à ce qu'on appellerait, un demi-siècle plus tard, le film néo-noir. Elephant Films en propose aujourd'hui un remarquable échantillon avec quatre pépites oubliées, fugues urbaines marquées, comme il se doit, du sceau de l'angoisse et de la fatalité. Ainsi de La Clé de verre, adapté en 1942 par Stuart Heisler du roman éponyme de Dashiell Hammett. Tortueuse, l'intrigue gravite autour de Paul Madvig (Brian Donlevy), un homme d'affaires à la réputation sulfureuse qui, ayant choisi de mener campagne pour un sénateur afin de s'attirer les faveurs de sa fille, se trouve bientôt accusé de meurtre. À charge pour son homme de main, Ed Beaumont (Alan Ladd), de démêler l'imbroglio -ce qui n'ira pas sans mal ni une solide dose de sado-masochisme, William Bendix se défoulant sur Ladd, tandis que Veronica Lake a la mèche tantôt vénéneuse, tantôt ingénue. On retrouve un faux coupable dans Les Mains qui tuent, adapté de William Irish par Robert Siodmak. Il a cette fois les traits de Scott Henderson (Alan Curtis), un ingénieur civil que tout accuse du meurtre de sa femme, la seule personne pouvant l'innocenter, une inconnue avec qui il avait passé la soirée, s'étant évanouie dans la nature. Ce à quoi ne peut se résoudre Carol (Ella Raines), sa secrétaire, qui entame une enquête se déployant dans des ambiances en clair-obscur de circonstance. Deux films tournés par John Farrow en 1948 complètent la sélection. Si sa scène d'ouverture nocturne augure du meilleur, Les Yeux de la nuit s'avère plutôt anecdotique. John Triton (Edward G. Robinson), un voyant exerçant ses talents dans des spectacles de cabaret, a la surprise de découvrir que ses prédictions se réalisent, tout en lui laissant le loisir de les anticiper. Idée de scénario certes intéressante, mais insuffisante à faire décoller le récit. À l'inverse, La Grande Horloge se révèle un modèle de film noir tourmenté, happant le spectateur dans son intrigue sinueuse par la grâce de plans-séquences virtuoses et des jeux d'ombres de John F. Seitz. Un innocent s'y retrouve le jouet du destin, à savoir George Stroud (Ray Milland), un reporter au flair infaillible sommé par son patron, Earl Janoth (Charles Laughton), un magnat omnipotent croyant contrôler jusqu'au temps, d'enquêter sur un meurtre que ce dernier a lui-même commis, et dont le journaliste ferait le coupable idéal. Magistrale, la suite tient du cas d'école, dont Alain Corneau allait s'inspirer pour Police Python 357, Roger Donaldson en tournant un remake, le bien nommé No Way Out...