L'air de rien, voilà dix ans déjà que Joseph Cedar tournait son premier long métrage, Time of Favor, qu'allaient bientôt suivre Campfire et Beaufort, ce dernier, présenté à la Berlinale en 2007, valant au réalisateur israélien un début de reconnaissance internationale. Un essai transformé aujourd'hui avec Footnote ( critique en page 31), découvert à Cannes il y a tout juste douze mois, le film devant repartir de la Croisette lesté du Prix du scénario - "Cannes vous ouvre une p...

L'air de rien, voilà dix ans déjà que Joseph Cedar tournait son premier long métrage, Time of Favor, qu'allaient bientôt suivre Campfire et Beaufort, ce dernier, présenté à la Berlinale en 2007, valant au réalisateur israélien un début de reconnaissance internationale. Un essai transformé aujourd'hui avec Footnote ( critique en page 31), découvert à Cannes il y a tout juste douze mois, le film devant repartir de la Croisette lesté du Prix du scénario - "Cannes vous ouvre une porte sur le monde entier, observe-t-il avec le recul. C'est tout simplement stupéfiant." Footnote est un film assurément peu banal, une comédie érudite où il est beaucoup question du Talmud, et guère moins de ces notes de bas de page qui lui donnent son titre, et même sa structure - un corps principal, et des appendices apportant leur lot d'informations. L'inspiration, raconte Cedar, lui en est venue par accident: "Mon film précédent avait obtenu un certain succès, et je me suis retrouvé face à de nombreuses opportunités. J'ai notamment commencé à travailler sur un film consacré à Veit Harlan, le réalisateur allemand du Juif Süss. Cela s'annonçait comme un gros film historique, mais le projet a capoté: je n'ai pu venir à bout du scénario, et le financement n'était plus réuni. Et je me suis reporté vers quelque chose de plus modeste." Voire. Au c£ur du texte, la relation complexe (dés)unissant un père et son fils, tous deux chercheurs: "Cette relation est la clé de tout, relève le réalisateur. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que toutes les mythologies essayent de peindre le portrait de deux générations. Si l'on comprend en quoi une génération diffère de celle qui la précède, on comprend ce qu'est le progrès, ou ce vers quoi va le monde. Et bien sûr, cela engendre une tension." Autant dire que le conflit personnel a, pour le coup, vocation universelle; ce qu'accrédite encore la façon dont Cedar a esquissé les traits, plus ou moins rigides, de ses deux protagonistes principaux: "Dans la plupart des domaines, les compromis sont considérés comme négatifs. Nous donnons une grande valeur à l'opiniâtreté et à la rigueur. Certaines personnes pensent détenir la vérité et n'en dérivent pas. Mais il y a beaucoup de violence dans cet entêtement à mes yeux. Dans certaines circonstances, les compromis ne sont pas seulement nécessaires, ils sont tout à fait positifs." Cedar laisse au spectateur le soin de voir dans le propos un sous-texte politique. Lui, pour sa part, a choisi d'adopter un ton voisin parfois de la satire. Mais si une scène en particulier évoque irrésistiblement les Marx Brothers et la cabine de bateau de A Night at the Opera, il se défend pourtant de toute filiation directe, pour vous expliquer que semblable histoire lui est bel et bien arrivée dans un ministère israélien. Démonstration par l'absurde que le burlesque peut s'inviter dans les lieux les plus inattendus. Et même en note de bas de page... l JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS