Le vertige. Le vertige puis les larmes. Dans cet ordre-là. Autant le savoir: c'est ce qui attend le visiteur découvrant l'ancien showroom Citroën transformé en lieu d'exposition faisant place aux Children's Games de Francis Alÿs. On doit cet agencement inédit (c'est la première fois que ces vidéos sont montrées ensemble) à la commissaire Marcella Lista, elle qui est responsable des Nouveaux Médias au service Conservation des Collections Arts Plastiques du Musée National d'Art Moderne. En clair, c'est donc de Paris que nous arrive cette proposition imparable consacrée à cet artiste belge installé depuis plus de 30 ans au Mexique (cette note à l'attention de tous ceux qui pouvaient dou...

Le vertige. Le vertige puis les larmes. Dans cet ordre-là. Autant le savoir: c'est ce qui attend le visiteur découvrant l'ancien showroom Citroën transformé en lieu d'exposition faisant place aux Children's Games de Francis Alÿs. On doit cet agencement inédit (c'est la première fois que ces vidéos sont montrées ensemble) à la commissaire Marcella Lista, elle qui est responsable des Nouveaux Médias au service Conservation des Collections Arts Plastiques du Musée National d'Art Moderne. En clair, c'est donc de Paris que nous arrive cette proposition imparable consacrée à cet artiste belge installé depuis plus de 30 ans au Mexique (cette note à l'attention de tous ceux qui pouvaient douter de la pertinence d'en passer par l'opérateur Centre Pompidou). Mais peu importe la polémique, ce que l'on retient c'est le dispositif magnétique mis en place par la curatrice qui rappelle qu'il ne faut en aucun cas considérer les vidéos projetées comme une installation globale. De fait, c'est au fil du processus de collecte de ces "notes en mouvement" que s'est dessiné quelque chose comme une série mais qui en son essence ne l'est pas. De quoi s'agit-il? Dans une vaste pièce se terminant en demi-cercle, proue du navire oblige, flottent dix-huit écrans faisant défiler des séquences tant sur leur recto que sur leur verso. Les fenêtres ayant été occultées, le regardeur fait face à des "morceaux de monde" totalement déterritorialisés. Leur propos? Le jeu d'enfants, aux quatre coins du monde, donné à voir à la fois dans l'implication totale qu'il génère chez ceux qui le pratiquent et dans son absolue improductivité -il ne mène à rien. On le sait depuis Sometimes Making Something Leads to Nothing, une oeuvre de 1997 dans laquelle on voit l'artiste pousser pendant neuf heures un bloc de glace dans les rues de Mexico: le mythe de Sisyphe est au coeur du travail d'Alÿs. C'est justement à Sisyphe que l'on pense lorsque l'on découvre l'oeuvre qui a en quelque sorte initié le mouvement. Caracoles (1999) montre un jeune Mexicain qui s'évertue à remonter avec les pieds une bouteille de Coca-Cola à moitié pleine dans une rue sérieusement en pente. Le plasticien a été fasciné par la détermination de cet adolescent qui n'entendait pas lâcher l'affaire. À l'époque, Alÿs ne se doutait pas que cet entêtement propre aux jeunes âmes allait se retrouver régulièrement sur son chemin. Qu'il s'agisse de jeunes filles népalaises qui jonglent avec une salade en faisant preuve d'une adresse digne d'un footballeur professionnel, de gamins faisant des châteaux de sable sur la plage de Knokke ou encore d'une petite bande qui joue à la guerre par le biais de petits miroirs renvoyant les reflets du soleil... La règle tacite qui traverse les séquences est celle de la simplicité de l'activité ludique. Celle-ci contraste avec la mise en place du jeu de la caméra qui de manière savante restitue "l'architecture" -il s'agit de la formation originale de l'artiste- complexe des scènes. Ces perspectives laissent sans voix. Moins sans doute que ces axes sur quoi on ne veut pas s'étendre par pudeur mais qui sont au coeur de l'oeuvre: la fragilité et la menace. Ils sont résumés en une image, celle de cet enfant afghan qui manie un cerf-volant dont l'harmonie avec le vent disparaît broyée par le grondement d'un hélicoptère.