Rien ne va plus dans le monde du petit Fernando: la Boule de feu qui alimente la barrière magique et protège ainsi son village des terribles Maruflans s'étiole et perd de sa puissance; il sera bientôt à leur merci. Seule solution, selon le Mage Pueblo, " qui voit tout": bricoler en vitesse un portail intermondes et aller rechercher le Sage Patrix, le seul capable de réanimer la Boule, dans le monde des hommes, là où il fut exilé il y a longtemps. Pueblo devrait le reconnaître facilement " grâce à l'aura qui se dégage de lui". Pas de bo...

Rien ne va plus dans le monde du petit Fernando: la Boule de feu qui alimente la barrière magique et protège ainsi son village des terribles Maruflans s'étiole et perd de sa puissance; il sera bientôt à leur merci. Seule solution, selon le Mage Pueblo, " qui voit tout": bricoler en vitesse un portail intermondes et aller rechercher le Sage Patrix, le seul capable de réanimer la Boule, dans le monde des hommes, là où il fut exilé il y a longtemps. Pueblo devrait le reconnaître facilement " grâce à l'aura qui se dégage de lui". Pas de bol, l'aura en question ressemble quand même très fort à la lumière qui se dégage des devantures d'un magasin de luminaires, et devant lesquels Pueblo rencontre Didier, un petit moustachu, de sortie ce soir-là avec Rocky, son shih tzu. Ni une ni deux, Pueblo ramène le duo dans son monde, pour une quête qui les verra prisonniers de la cruelle reine des Chevoules, se perdre dans les brouillards des Marais de Morve, discuter le bout de gras avec un mage transformé en mug et affronter mille autres dangers, plus hilarants les uns que les autres, et surtout bourrés d'aérographe et de décors en complet décalage avec les personnages de cette "light fantasy" mémorable et à nulle autre pareille. Il y a a priori autant de rapports entre les dessins d'Anouk Ricard et d'Étienne Chaize qu'entre l'eau et le feu: elle, elle manie à merveille le dessin faussement naïf et minimaliste, l'humour animalier et les dialogues loufoques, comme dans Anna et Froga chez Sarbacane ou, plus récemment, ses deux albums Faits divers chez Cornélius; lui, il use à merveille de Photoshop, de couleurs sursaturées et d'une esthétique pop, kitsch et rétro-futuriste qu'il promène de pochettes de disques en couvertures de magazines branchés, en passant parfois par la BD ( Quasar contre Pulsar, déjà chez 2024). Bref, ces deux-là n'avaient rien en commun à part leurs racines strasbourgeoises, à l'image de leur éditeur, raison de plus pour les faire travailler ensemble dans ce qui restera sans doute l'une des expérimentations graphiques les plus drôles et détonantes de l'année! Un jeu de ping-pong permanent né dès le titre: Étienne Chaize a proposé Boule de feu, Anouk Ricard en a tiré un récit de fantasy comme elle n'en avait jamais lu. Ensuite, pour chaque case, Anouk proposait un rough, sur lequel Étienne construisait son décor en jonglant avec les techniques "para BD" (collages, photos, peinture numérique), dans lequel Anouk finalisait ensuite ses personnages, qu'Étienne mettait enfin en couleur. Drôle de méthode pour un récit qui ne l'est pas moins, mais qui, surtout, reste totalement cohérent!