Sint-Niklaas. Le King George. C'est dans un bar trendy bio avec de la bouffe équilibrée sur le bar, de la vieille soul dans les baffles et des végétaux au plafond que Jan Verstraeten a fixé rendez-vous. Ce n'est pas vraiment un habitué des lieux mais, il le dit lui-même, c'est le seul endroit ouvert en ville. Puis aussi, dans le fond, là où il a donné, avant que les lieux ne soient rénovés, son premier concert, adolescent, quand il baignait dans la scène punk hardcore. " J'ai eu pas mal de groupes. Dead Rats, Violent Solutions... Le batteur qui m'accompagne en était le chanteur. Mais le nom du band ne plaisait pas à ses parents. On n'a pas duré bien longtemps."
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Sint-Niklaas. Le King George. C'est dans un bar trendy bio avec de la bouffe équilibrée sur le bar, de la vieille soul dans les baffles et des végétaux au plafond que Jan Verstraeten a fixé rendez-vous. Ce n'est pas vraiment un habitué des lieux mais, il le dit lui-même, c'est le seul endroit ouvert en ville. Puis aussi, dans le fond, là où il a donné, avant que les lieux ne soient rénovés, son premier concert, adolescent, quand il baignait dans la scène punk hardcore. " J'ai eu pas mal de groupes. Dead Rats, Violent Solutions... Le batteur qui m'accompagne en était le chanteur. Mais le nom du band ne plaisait pas à ses parents. On n'a pas duré bien longtemps." Chemise à courtes manches, boucle d'oreille, coiffure en bataille à la David Lynch... Jan sourit. Aujourd'hui, l'artiste touche-à-tout a 29 ans et sort son premier disque chez Unday. Le label entre autres de Flying Horseman et du Bony King of Nowhere. Ça ne l'a pas empêché de tout gérer. Musique, pochette, clips... Le bonhomme vient autant du punk que du Do It Yourself. " J'ai toujours aimé les groupes qui fabriquaient leurs propres t-shirts, dupliquaient leurs cassettes, pressaient leurs vinyles. L'esprit Just Do It..." Fils de douanier (le père travaille à la frontière; la mère dans un hôpital) né et élevé à Saint-Nicolas, le Flandrien est diplômé de la KASK, l'Académie royale des Beaux-Arts de Gand. " Je n'ai jamais vraiment décidé d'emprunter cette voie. J'ai toujours peint, dessiné... Et ce depuis que j'ai quatre ou cinq ans. Pendant ce cursus, j'ai travaillé sur des tableaux, des installations. Mais tout en continuant la musique. Je ne savais pas si j'étais un peintre, un artiste visuel, un musicien. Je faisais en tout cas des trucs trop bizarres pour passer à la radio." Ces dernières années, Verstraeten a enchaîné les petits boulots. Lavé des voitures. Peint des portraits... " Le dernier, c'était pour un mec qui partait à la retraite. J'ai aussi conçu des cartes de Noël, des posters, des pochettes de disques. Notamment pour Reena Riot. Les gens qui cherchent des trucs bizarres savent où me trouver." Jan est aussi prof dans une petite école d'art. " J'aurais pu devenir graphic designer. Mais tu travailles alors toujours pour quelqu'un d'autre. J'aime la liberté, pas trop les compromis." Il y a deux ou trois ans, Jan, qui vient d'emménager dans une piaule chez un pote, se met en tête de tourner un film. Une idée, se dit-il, qui lui permettra de combiner tout ce qui lui tient à coeur. " À l'époque, je bossais aussi sur un livre pour enfants et sur de la musique. Tout s'est imbriqué assez spontanément. Je voulais réaliser un film autour d'une "moto-home". Un mobil-home mais en version deux roues. Et j'ai acheté une vieille bécane avec du fric récupéré des impôts. J'étais super emballé mais je n'avais pas de scénario. Je doutais aussi que la machine soit assez puissante pour ce à quoi je la destinais. Je me suis dit que j'allais écrire la musique et que l'histoire suivrait. Au final, c'est devenu un mini-album." Plutôt ouvert d'esprit, Verstraeten, l'ancien punk, dit écouter Lovvers, les vieux Wu-Tang Clan, Grizzly Bear, Radiohead, Timber Timbre, et être marqué par les westerns (" j'ai adoré L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford"). Il ne connaît pas plus Badly Drawn Boy que Kings of Convenience. " Ça m'intéresse... Quand j'avais quinze ans, j'avais une voix très profonde. Un vieux mec est venu me voir: "Toi, tu as beaucoup écouté Tom Waits..." "Tom qui?" Depuis, je suis devenu fan." Il avait déjà fabriqué ses chansons de manière rudimentaire (il a pensé à un habillage soul, certains titres ont même eu droit à des ébauches électroniques) quand il a découvert Antônio Carlos Jobim. " J'ai adoré cette voix douce et cette guitare fragile accompagnés d'un orchestre... Et j'ai décidé de réinventer mes morceaux. Au début, j'étais très sombre. Un peu à la Nick Cave. Mais un ami a réarrangé les chansons. Il a rendu tout ça plus subtil et léger." Au total, une vingtaine d'instruments et une quinzaine de musiciens peuplent Cheap Dreams ( lire la critique en page 35). " Comme on n'avait pas de fric, on a par exemple invité des étudiants à venir jouer. Je ne sais pas combien tout ça a coûté. Pas beaucoup. Je suis allé chez Universal avec ce mini-album dans les mains. Ils m'ont demandé combien j'avais investi. J'ai gonflé les chiffres. Je leur ai répondu 1 000 euros. Ils me demandaient: "Qui a réalisé le clip?" "Moi." "Mais qui tenait la caméra? " "Moi." J'ai l'impression qu'ils ne me croyaient pas." Alors qu'on est sur le point de le quitter, Jan montre quelques-unes de ses toiles sur son téléphone portable. Des mecs en train de se casser la gueule, de prendre de la came... " Perso, je ne bois pas. Je ne consomme pas de drogues. J'ai la maladie d'Addison. Un truc bizarre. Genre diabète mais hormonal. Quand j'étais gamin, j'avais souvent l'esprit trouble, les idées confuses. Aujourd'hui, je préfère les garder claires. Mais quand mes amis sont complètement cuits, je prends des photos et je les peins..."