Entre Benjamin Biolay et le cinéma, il y a mieux que des accointances, une évidence. Après tout, voilà un auteur qui, sur son premier album, Rose Kennedy, intitulait une chanson La Mélodie du bonheur non sans citer River of no Return dans une autre, Les Cerfs-volants. Et qui ne se fait nullement prier pour signifier combien sa musique s'est nourrie de films. "J'ai l'impression qu'il y a 2 sortes d'auteurs-compositeurs, ceux qui bouffent beaucoup de romans, et ceux qui bouffent beaucoup de films. Et moi, j'étais plutôt dans la catégorie ciné", raconte-t-il, alors qu'on le rencontre, affable, à l'occasion du Festival du film de Bruxelles . Prolongement de cette inclination, on le découvrait, quelques années plus tard, en tenancier de bistrot et père de Stella, devant la camé...

Entre Benjamin Biolay et le cinéma, il y a mieux que des accointances, une évidence. Après tout, voilà un auteur qui, sur son premier album, Rose Kennedy, intitulait une chanson La Mélodie du bonheur non sans citer River of no Return dans une autre, Les Cerfs-volants. Et qui ne se fait nullement prier pour signifier combien sa musique s'est nourrie de films. "J'ai l'impression qu'il y a 2 sortes d'auteurs-compositeurs, ceux qui bouffent beaucoup de romans, et ceux qui bouffent beaucoup de films. Et moi, j'étais plutôt dans la catégorie ciné", raconte-t-il, alors qu'on le rencontre, affable, à l'occasion du Festival du film de Bruxelles . Prolongement de cette inclination, on le découvrait, quelques années plus tard, en tenancier de bistrot et père de Stella, devant la caméra de Sylvie Verheyde, imposant une vérité prompte à dissiper le moindre soupçon qu'il n'y ait là qu'un caprice passager de chanteur. Disposition vérifiée aujourd'hui, alors qu'on le retrouve dans le premier rôle de Pourquoi tu pleures?, comédie romantique décalée de Katia Lewkowicz. En jeune premier se mettant à douter de son engagement à quelques jours de son mariage avec Anna (Valérie Donzelli), l'acteur habite chaque plan d'une réjouissante irrésolution tranchant avec l'agitation de tout un chacun, s£ur, mère, belle-famille et meilleurs amis réunis - "un personnage un peu à la Buster Keaton au milieu du chaos", cadre-t-il fort à propos, avant de préciser qu'il ne lui correspond finalement que fort peu, voire pas du tout. "J'ai fait des choix radicaux dans la vie, et justement, c'était très intéressant d'imaginer ce que j'aurais été si j'étais resté en chantier", glisse-t-il, avant d'ajouter, sur le ton de la confidence, avoir puisé l'inspiration chez ses potes. Avec Katia Lewkowicz, il y avait déjà eu un court métrage pour Canal+, "presque une petite matrice", observe-t-il, et l'occasion d'installer leur évidente connivence. Un temps plus loin, Pourquoi tu pleures? le voit se risquer, avec bonheur, sur le terrain de la comédie. Un exercice casse-pattes, dont on jurerait qu'il s'est acquitté presque sans efforts. Ainsi, lorsqu'on lui demande si en apprivoiser le rythme lui a posé le moindre problème: "Non, parce que moi, je cassais le rythme des autres. Mon rôle était un peu en contrepoint, je ne devais pas être dans la même énergie. Il y a d'ailleurs des moments où j'avais envie qu'il réagisse différemment, qu'il soit un peu plus viril, moins passif, mais on aurait lâché un peu l'affaire, et Katia a préféré que j'aie toujours ce côté un peu laid-back. " Son parcours de jeune acteur, Biolay en a posé les bases comme chanteur: "La première fois que je suis monté sur scène, ça m'a fait tellement mal de partout, et ça m'a coûté tellement cher que je pense m'être dépucelé pour pas mal d'activités liées à l'exhibition. Ça a dû m'aider, oui, et j'étais d'ailleurs assez peu impressionné la première fois que je suis allé sur un plateau. " De là à ce qu'il s'y sente comme un poisson dans l'eau, il n'y a eu finalement qu'un pas, franchi naturellement: "Il y a eu plein d'éléments. Déjà, le fait d'avoir des horaires précis, et ce truc hyper collégial, où on déjeune tous ensemble. Petit, je rêvais d'avoir un travail dans un bureau. A cause de films à la con genre Wall Street , j'avais le fantasme du bureau où tout le monde se dit bonjour et boit un café à la machine à café. Et j'ai fait un métier très solitaire, qui ne marche pas du tout comme ça. Dans le cinéma, en plus d'avoir la chance de continuer à faire un truc artistiquement créatif et intéressant, il y a cette super cool vie de troupe qui me fait un bien fou. " L'interroge-t-on alors sur la complémentarité entre ses 2 champs d'activité qu'il répond par l'affirmative, puisant au répertoire de Frédéric Dard: "Si on ne se met pas la rate au court-bouillon en se disant " je fais 2 choses" , oui, c'est hyper complémentaire. Et d'ailleurs, tous les chanteurs que j'aime ont fait des films: Gainsbourg, Dutronc, Souchon, Aznavour, Bashung... " Biolay, lui, ne s'est pas arrêté là, signant encore l'album des chansons inspirées du film. Une expérience singulière: "C'est hyper agréable. On reste dans la continuité de l'histoire de Katia, on se fait porte-parole, un peu comme Cyrano de Bergerac écrivant les lettres pour la dulcinée de l'autre. C'est un jeu de travestissement, mais j'ai toujours adoré les cahiers des charges... "POURQUOI TU PLEURES?, UN FILM DE KATIA LEWKOWICZ, ET UN ALBUM DE BENJAMIN BIOLAY, CHEZ NAÏVE. ENTRETIEN JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS