En 2013, au Texas, pendant le festival South By Southwest, solidement étourdi par le concert en mode coup de boule (autre chose que ceux de Zidane) d'Ex-Cult, on avait taillé la causette sur un coin de table avec son leader Chris Shaw encore tout en sueur. Promettant qu'on utiliserait l'entretien dès qu'il viendrait cracher sa rage punk et frontale de par chez nous. Beaucoup de bière a depuis coulé dans les gosiers. Le groupe de Memphis a sorti un deuxième et un troisième album. Shaw a monté un projet et enregistré un disque avec son pote Ty Segall (Goggs)... Quatre ans ont passé et les Américains s'apprêtent enfin à embarquer pour leur première tournée européenne. "Ça nous a pris du temps de trouver les bons relais. Puis on voulait enfoncer le clou aux États-Unis où on a eu l'occasion de beaucoup tourner", explique-t-il, au bout du fil, depuis Santa Monica. Shaw a bougé à Los Angeles depuis quelques mois. Il y a rejoint sa gonzesse et ses potes. À commencer par Ty. Toujours dans les parages. "On s'est rencontrés lorsque je l'ai interviewé pour un fanzine punk que je tenais dans le temps. On a sympathisé. On a bu des coups. Et on s'est recroisés en Louisiane. Le jour où il m'a appelé pour que j'aille le voir en concert à Memphis, il a fini par pieuter à la maison. C'est déjà lui qui produisait le premier album d'Ex-Cult."

C'est encore lui qui a enregistré son troisième, Negative Growth, non plus sorti sur le label de Memphis Goner mais sur le californien In The Red. "Pour moi, le son d'Ex-Cult, c'est un mélange des groupes que j'ai trouvés les plus intéressants dans le rock psychédélique, le post-punk, le punk hardcore... Je pense à The Fall et Magazine, aux débuts des Buzzcocks et à Black Flag. Aux Thirteen Floor Elevators, à Syd Barrett et au Grateful Dead. Plein de choses en fait. Midnight Passenger était davantage marqué par le kraut. Negative Growth est clairement plus punk. Direct. Sauvage."

Sur la route de Memphis

Memphis. Tennessee... Le berceau du blues. La ville qui accueille chaque année les championnats du monde de barbecue. Celle où sont nés Aretha Franklin, Morgan Freeman et Justin Timberlake. Où sont morts Jeff Buckley et le king Presley. Rien à faire. Quand est prononcé Memphis, on entend Eddy Mitchell et voit la banane d'Elvis... "Il y a des célébrations pour l'anniversaire de sa naissance et de sa mort. Mais c'est du folklore. Un gadget, un vestige... C'est plus un fait historique étrange que quelque chose de bien pertinent. Il ne signifie rien de spécial pour la scène actuelle de la ville. Là où tu croises quand même des projets soul et r'n'b... Mais même Beale Street, c'est le côté touristique. Quand tu viens du coin, tu n'y mets jamais les pieds à part pour dire de faire un truc bizarre. C'est, j'imagine, un peu pour les Parisiens comme aller voir la Tour Eiffel."

On ne va pas dire qu'on est surpris. Le Memphis de Chris Shaw, c'est plutôt celui des Oblivians et de Jay Reatard. Celui des concerts punks à l'arrache. Des guitares qui dézinguent et du rock qui décape. "J'ai commencé à traîner dans les concerts vers l'âge de treize ans. De mon temps, tu avais des endroits vraiment underground où voir des groupes. Mais ce n'est pas vraiment le genre de choses qui plaisent à la ville et aux flics. Aujourd'hui, ça se passe surtout dans des bars. Ce qui craint un max puisque c'est interdit aux moins de 21 ans."

Chris devait en avoir 18 ou 19 quand il a rencontré feu Reatard pour la première fois. "C'était un bon pote. Je pense qu'il aimait bien traîner avec les jeunes punks comme moi et mon ami Seth (Sutton, NDLR) qui joue dans Useless Eaters. Il a failli enregistrer mon ancien groupe Vile Nation. Mais finalement, c'est son coloc qui s'en était occupé. Un jour, j'ai traîné là jusqu'à 10 heures du mat à faire la fête et à boire des coups. Jay a débarqué à 6h30. On a discuté et sympathisé. Il avait ce label Shattered Records à l'époque. Je pense qu'il m'a donné un exemplaire de chacune de ses sorties... Il était super sympa et généreux. L'un des premiers trucs qu'il m'a fait écouter, c'était Angry Angles. Je ne savais pas qu'il jouait dedans et je lui avais dit que je trouvais pas ça terrible. Je n'ai réalisé que quelques années plus tard." De quoi briser une réputation de bad boy... "Je sais que beaucoup de gens ont des histoires horribles à son sujet. Mais il a toujours été super avec moi. Puis il a fait tellement pour le rock à Memphis. Il a permis quasiment à lui tout seul, pendant des années, que la scène punk et garage de la ville reste sur les radars." Cette scène, Shaw en parle avec volubilité et enthousiasme. Louant la qualité de la production locale malgré le désintérêt général du public dans les parages. "Les True Sons of Thunder, Evil Army, Bluff City Vice, Sector Zero... Il y a un tas de trucs super. Dommage que les gens ne soient pas plus curieux."

Agressif, nerveux, teigneux, Ex-Cult, qui a été profondément marqué par le post-punk anglais, n'est pas non plus sans rappeler la jeune scène australienne. Celle d'Eddy Current Suppression Ring et compagnie. À ne manquer sous aucun prétexte. On vous aura prévenus.

EX-CULT, NEGATIVE GROWTH, DISTRIBUÉ PAR IN THE RED/KONKURRENT.

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LE 22/04 AU WATER MOULIN (TOURNAI), LE 23/04 AU KULTURA (LIÈGE), LE 30/04 AU MAGASIN 4 (BRUXELLES) ET LE 01/05 À HET BOS (ANVERS).

TEXTE Julien Broquet