Un retour aux sources. Matthieu Chedid le claironne sur tous les tons, la machine promo faisant le reste: pour son 6e album, intitulé Îl, M a voulu retrouver "le fun et l'énergie des débuts" -concrètement, cela passe même par deux titres ressortis des archives, La grosse bombe et Faites-moi souffrir, déjà dans l'air il y a quinze ans; ainsi qu'une tournée 2013 annoncée en formation réduite. Une manière de boucler la boucle? Depuis l'album précédent ( Mister Mystère en 2009), Matthieu Chedid a pourtant vu certains de ses repères bousculés. Franchissant le cap des 40 ans au moment où sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid, disparaissait, il a dû également s'habituer à ses nouveaux habits de père. L'occasion d'un grand chamboulement? M, comme Mue? Pas pour cette fois alors. Plutôt M comme retour à la Matrice. Ou encore M comme.....

Un retour aux sources. Matthieu Chedid le claironne sur tous les tons, la machine promo faisant le reste: pour son 6e album, intitulé Îl, M a voulu retrouver "le fun et l'énergie des débuts" -concrètement, cela passe même par deux titres ressortis des archives, La grosse bombe et Faites-moi souffrir, déjà dans l'air il y a quinze ans; ainsi qu'une tournée 2013 annoncée en formation réduite. Une manière de boucler la boucle? Depuis l'album précédent ( Mister Mystère en 2009), Matthieu Chedid a pourtant vu certains de ses repères bousculés. Franchissant le cap des 40 ans au moment où sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid, disparaissait, il a dû également s'habituer à ses nouveaux habits de père. L'occasion d'un grand chamboulement? M, comme Mue? Pas pour cette fois alors. Plutôt M comme retour à la Matrice. Ou encore M comme... Ok, ce n'est pas faux. Avec M, je restais un éternel enfant-adolescent. Aujourd'hui, j'ai forcément un peu changé. Grâce à ma fille, grâce à ma vie. Ce disque est l'album de mes 40 ans. C'est l'album d'un homme plutôt que celui d'un vieil adolescent ( sourire). Ce qui m'intéresse, c'est d'être. Je suis, je joue, je chante, je parle et ça donne ce que ça donne. Si je l'entends, ce changement, c'est dans ma vie surtout: dans mon positionnement face aux autres, face à ma fille... Mais puisque tout est lié, quand je prends ma guitare, que j'écris un truc, j'imagine que cela doit se ressentir. Le fait est que, dans ma musique, j'essaie de ne pas trop laisser de place au mental, à la réflexion. Je veux être plus animal. Quelque part, moins je réfléchis, mieux je me porte. Même si j'aime bien inventer par la suite un univers, un concept pour entourer tout ça. En fait, l'inspiration m'est venue de l'île de la Réunion, qu'on appelle l'île intense. Je me suis d'ailleurs rendu compte que l'une des traductions les plus justes de "chedid" était justement "intense", en arabe. Cette terre de la réunion des cultures, des spiritualités, des religions, est pour moi une île assez puissante, qui dégage une réelle aura, une énergie... Les premières chansons ont été écrites là-bas. Je pense qu'inconsciemment, cela a pu faire écho. Oui, exactement. Cela permet de parler de cette idée d'autonomie. Si on essaie de s'accrocher aux autres pour être bien, on est mal barré. Il vaut mieux apprendre à être d'abord heureux seul, pour ensuite pouvoir être bien avec les autres. Revenir à soi pour se sentir encore plus en accord, en amour, avec les autres. Ma grand-mère m'a toujours apaisé avec ça. Elle qui a toujours écrit, depuis son enfance, m'a souvent dit: " Ne t'inquiète pas, la source ne se tarit jamais, ça repart toujours." Cela a dû m'apaiser. Je ne me suis jamais trop inquiété. Cela vient ou pas. Mais si ça ne vient pas, il faut juste laisser aller. C'est important de pouvoir lâcher prise. La peur n'a jamais été selon moi une grande inspiration. L'expérience de l'échec peut être nourrissante. Mais la peur, je ne crois pas. Dans ma vie, cela a plutôt été ma scolarité. J'étais complètement à côté de la plaque. J'avais toujours trois, quatre wagons de retard. J'ai jamais réussi à rattraper le train en marche. J'étais en décalage complet. Cela a été à la fois un traumatisme et un moteur. Au bout d'un moment, cela m'a permis de cultiver un autre langage. Mais ce n'est pas très agréable d'être à côté, à part. C'est marrant parce que mon père était justement sur le plateau d' Apostrophe quand Gainsbourg a sorti cette phrase, selon laquelle la chanson était un art mineur. Avant quand même d'avouer, dans son alcoolisme, que certains de ses morceaux avaient frôlé l'art majeur et d'en citer toute une série (rire). Je confirme que la musique est quelque chose de futile, la chanson surtout. C'est quelque chose de très léger... C'est même important qu'elle le soit. Mais c'est aussi plus compliqué que ça: une chanson peut sauver une vie. La vie est comme ça: à la fois une blague et quelque chose de fondamental. Il y a en effet ce titre, Faites-moi souffrir. Bon, il ne faut pas oublier que j'ai de l'humour (sourire). Mais c'est vrai que l'épreuve fait grandir, elle inspire. C'est aussi la question du regard critique des gens. Quand on s'expose, on est face à tellement de contradictions. On entend tout et son contraire, et cela peut être très déstabilisant. J'essaie de me protéger. Je le vois avec les artistes que j'aime. Au bout du compte, cela n'a pas vraiment remis en cause ce qu'ils ont inventé. Cela ne sert pas à grand-chose d'être trop aux aguets. ÎL, M, DISTR. UNIVERSAL. SORTIE OFFICIELLE LE 13/11. EN CONCERT LE 04/05, À FOREST NATIONAL, BRUXELLES. RENCONTRE LAURENT HOEBRECHTS