Le passage de l'écriture de roman à la réalisation ne va pas de soi. Pourtant, Niccolò Ammaniti, auteur de Je n'ai pas peur et Comme Dieu le veut (prix Strega 2007), a réussi à exfiltrer le regard incisif qu'il pose sur la société italienne contemporaine du papier vers le petit écran avec une maestria peu courante. Tout le monde sait aujourd'hui que le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. Que la foi et le dogme s'arriment à un liant spirituel, métaphysique ou politique (la théorie du ruissellement, par exemple), ils sont, dans Il miracolo, des révélateurs puissants des affres et des méconduites de l'humain. Le miracle dont il est question ici, s'il a un certain degré de réalité dans le récit, est davantage une allégorie vouée à déclencher doutes et questionnements chez les protagonistes, à opérer les premières fissures dans les cuirasses individuelles et les remparts collectifs. Tout contexte chrétien mis à part, peu ou prou ce qu'ont réalisé les saints d'après les premiers récits légendaires relatant leurs miracles depuis l'Antiquité tardive. Les faits: lors d'une descente sous tension dans le repaire d'un parrain de la mafia calabraise, la police découvre une madone en plastique pleurant abondamment des larmes de sang. Mise au secret, analysée sous toutes les coutures, la statuette va mettre l'ensemble des personnages, croyants ou non, face à l'inexplicable et bouleverser les structures de leur vie intime, sociale et publique, alors que l'Italie est plongée dans un débat houleux sur la sortie de l'espace économique européen. Premier d'une cordée prise dans un vent de front, le Premier ministre vacille face aux démons trop longtemps emmurés. Enjeux politiques, famille, modèle du couple: tout cela est passé à la moulinette d'une imagerie sidérante orchestrée par Ammaniti. Opéra, mystères médiévaux, Dante, Virgile, enfers, purgatoire et damnation font chair commune. La langue italienne sublimant ici une dramaturgie tour à tour vociférante, murmurante ou chantante, mais toujours sournoise et lancinante.

Série créée par Niccolò Ammaniti. Avec Guido Caprino, Elena Lietti, Alba Rohrwacher.

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