Sergio Leone n'a peut-être tourné que sept films, il n'en a pas moins laissé une empreinte indélébile sur l'Histoire du cinéma, réinventant le western dans le désert d'Almeria, et ouvrant, ce faisant, une brèche (post)moderne où ils allaient être nombreux à s'engouffrer, de Don Siegel à Quentin Tarantino ; signant par ailleurs avec Il était une fois en Amérique, son testament, un chef-d'oeuvre définitif. Que la Cinémathèque française lui consacre une exposition, après celles dévolues à Almodóvar, Burton, Van Sant, Tati et tant d'autres, tombait dès lors sous le sens, Leone (1929-1989) comptant parmi les plus grands inventeurs de formes de son temps. Ce temps dont il sut comme peu d'autres jouer de la dilatation -l'ouverture de Il étai...

Sergio Leone n'a peut-être tourné que sept films, il n'en a pas moins laissé une empreinte indélébile sur l'Histoire du cinéma, réinventant le western dans le désert d'Almeria, et ouvrant, ce faisant, une brèche (post)moderne où ils allaient être nombreux à s'engouffrer, de Don Siegel à Quentin Tarantino ; signant par ailleurs avec Il était une fois en Amérique, son testament, un chef-d'oeuvre définitif. Que la Cinémathèque française lui consacre une exposition, après celles dévolues à Almodóvar, Burton, Van Sant, Tati et tant d'autres, tombait dès lors sous le sens, Leone (1929-1989) comptant parmi les plus grands inventeurs de formes de son temps. Ce temps dont il sut comme peu d'autres jouer de la dilatation -l'ouverture de Il était une fois dans l'Ouest reste, à cet égard, un modèle du genre-, et que la scénographie de Bercy entreprend de remonter jusqu'aux débuts de son parcours. S'y dévoile un authentique "citoyen du cinéma", fils du réalisateur Roberto Roberti, une figure importante du muet, et de Bice Waleran, une actrice célèbre. Et qui, à partir de 1947, va entamer son écolage à Cinecittà, assistant auprès des collègues de son père d'une part, des nombreux réalisateurs américains venus tourner à "Hollywood-sur-Tibre" de l'autre. Au-delà de ces premières expériences professionnelles, l'un des intérêts du parcours est de s'arrêter aux sources de l'imaginaire du cinéaste romain, à qui Pour une poignée de dollars (inspiré du Yojimbo de Kurosawa, qui avait lui-même emprunté à Moisson rouge de Hammett) ouvre, en 1964, les portes du succès. John Ford, Charlie Chaplin, mais aussi De Chirico, Goya, Cervantes, Chandler, le théâtre de Goldoni, Homère... cohabitent dans ce panthéon "léonien", influences intégrées comme pour mieux déflorer un espace nouveau, cet Ouest réinventé qui deviendra emblématique de son cinéma. Du contrat de Clint Eastwood pour Pour une poignée de dollars aux costumes de Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l'Ouest, en passant par des maquettes, scénarios... l'exposition aligne les pièces de choix. Plus fondamentalement, elle s'attache à retracer la révolution Leone et les mutations narratives, visuelles et sonores qu'il imprimera au mythe de l'Ouest. Un basculement dont les exemples sont nombreux, du travail sur les acteurs -un intéressant accrochage sur le mode avant/après permet de réaliser les métamorphoses subies par les Eastwood, Fonda et autre Wallach par souci de réalisme-, à celui sur les sons et la musique, préférés aux dialogues superfétatoires. La contribution d'Ennio Morricone est ici dûment mise en valeur, plusieurs extraits à l'appui, Leone lui-même soulignant: "S'il est vrai que j'ai créé un nouveau type de western, en inventant des personnages picaresques dans des situations épiques, c'est la musique d'Ennio Morricone qui les fait parler." Rares exceptions, ces aphorismes qui ont contribué à la légende de son cinéma, dont un couloir sonore permet de retrouver la mesure ironique et laconique, genre: "You see, in this world, there's two kinds of people, my friend -those with loaded guns, and those who dig. You dig", extrait de Le Bon, la Brute et le Truand en eastwoodien dans le texte . Et l'on en passe, l'exposition s'achevant sur un large chapitre consacré à Il était une fois en Amérique, ses treize ans de préparation et la somme de documentation réunie qui impressionna jusqu'à Scorsese et Spielberg, chef-d'oeuvre opiacé massacré lors de sa sortie américaine, et épitaphe d'un réalisateur essentiel, mort chez lui, en regardant... Je veux vivre! de Robert Wise.