Tournés par John Huston pour la Fox à la fin des années 50, Heaven Knows, Mr. Alison et The Barbarian and the Geisha n'ont pas le lustre de certains de ses films noirs ( The Maltese Falcon, The Asphalt Jungle...), ni de classiques incontestés comme Moby Dick ou The Misfits. Désormais disponibles en Blu-ray dans des versions impeccablement restaurées, les deux films méritent cependant que l'on s'y arrête. Le réalisateur de The African Queen y renouait avec un genre déjà pratiqué avec bonheur, le film d'aventures exotiques. Situé en 1944, Dieu seul le sait s'ouvre alors qu'un canot dérive vers un ...

Tournés par John Huston pour la Fox à la fin des années 50, Heaven Knows, Mr. Alison et The Barbarian and the Geisha n'ont pas le lustre de certains de ses films noirs ( The Maltese Falcon, The Asphalt Jungle...), ni de classiques incontestés comme Moby Dick ou The Misfits. Désormais disponibles en Blu-ray dans des versions impeccablement restaurées, les deux films méritent cependant que l'on s'y arrête. Le réalisateur de The African Queen y renouait avec un genre déjà pratiqué avec bonheur, le film d'aventures exotiques. Situé en 1944, Dieu seul le sait s'ouvre alors qu'un canot dérive vers un îlot du Pacifique Sud, avec à son bord le caporal Allison (Robert Mitchum), un Marine quelque peu rustaud ayant survécu à l'attaque d'un sous-marin. Déserte en apparence, l'île a pourtant une résidente, Sister Angela (Deborah Kerr), une religieuse. Si le cadre est paradisiaque, leur cohabitation s'annonce délicate, circonstances que va exacerber l'arrivée des troupes japonaises... Récit d'aventures ménageant son lot de temps forts et de suspense, Dieu seul le sait est aussi un film sur le désir et l'incompatibilité d'aimer, comme ne se fait faute de le souligner le critique Pierre Murat dans un intéressant bonus. Huston trouve là un sujet à sa mesure qui, tout en questionnant la religion et l'armée, insinue le trouble entre Deborah Kerr et Robert Mitchum dans un crescendo de sensualité retenue, idéalement servi par la connivence manifeste entre les deux comédiens -Mitchum considérait ce rôle comme son meilleur après celui du pasteur de La Nuit du chasseur, c'est dire... On se montrera sensiblement plus circonspect avec Le Barbare et la Geisha, tourné dans la foulée par Huston au Japon, et pour lequel, par souci d'authenticité, il allait s'assurer le concours de Teinosuke Kinugasa, le réalisateur de La Porte de l'enfer, engagé au titre de conseiller technique. Inspirée de faits réels, l'histoire se déploie au milieu du XIXe siècle, lorsque Townsend Harris (John Wayne), le premier consul général des États-Unis, débarque dans le petit port nippon de Shimoda, les autorités locales se montrant peu enclines à accueillir l'étranger avec les égards dus à son rang, le pays étant fermé aux influences extérieures et entendant le rester. Et de lui adjoindre une geisha, Okitchi (Eiko Ando), pour surveiller ses agissements. Classique, le film vaut plus par le soin extrême apporté par Huston à en restituer le cadre -soufflant par endroits- que par une exploration du choc des cultures pas exempte de clichés. Conduit par un John Wayne quelque peu emprunté, l'ensemble, doté d'un faux rythme et relevé de touches d'humour, reste toutefois une curiosité... Interview de Patrick Brion en bonus.