Comme il est enthousiasmant de voir éclore une nouvelle maison d'édition! C'est une promesse d'auteurs encore inconnus ou d'excavation de certains textes, oubliés à tort. Pour leurs prémices, les éditions du Typhon, basées à Marseille, nous proposent judicieusement de (re)lire le premier roman du Britannique John Wain, texte qui valut à son auteur d'être rattaché aux Angry Young Men au mitan des années 50. On y suit Charles Lumley, jeune diplômé d'une université ni piètre ni fabuleuse, mal dégrossi à l'orée de sa vie adulte. Le hic? Il vient de se fâcher à jamais avec sa petite amie de longue date et sa famille. Et n'a guère l'intention de rentrer dans les rangs confinés de la bourgeoisie. " Comment utiliser les vingt-deux premières années de sa vie comme fondations pour les cinquante à venir?" La question lui semble si insurmontable qu'il va plutôt se laisser porter par le hasard. D'abord laveur de vitres grâce à la mise de fonds d'un oncle qui croit régler une dette de poker, il jonglera d'un métier à l'autre, se faisant videur, chauffeur, escroc et toujours intranquille. On pense à Robert Walser, qui, d'apprentissages ratés en travaux inutiles et refusant de croupir dans un bureau, se trouva bien mal ajusté à son époque. Mais à la mélancolie du Suisse se mêlerait la truculence d'un grand môme qui, sans verticalité et las des contraintes, préférerait tenter de conquérir Veronica que de se presser au rythme imposé par l'Angleterre d'après-guerre, en plein élan de reconstruction. Mais pour combien de temps avant d'être rattrapé?

De John Wain, éditions du Typhon, traduit de l'anglais par Anne Marcel, révision par l'éditeur, 304 pages.

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