Vous l'aviez sans doute oublié, mais avant d'être une série américaine portée par le désormais indésirable Kevin Spacey, House of Cards fut d'abord un livre de Michael Dobbs, puis une série anglaise! Diffusée de 1990 à 1996, cette version UK est immédiatement un succès public et critique. L'acteur principal, Ian Richardson, y est pour beaucoup: son visage aimable et réconfortant au premier abord...

Vous l'aviez sans doute oublié, mais avant d'être une série américaine portée par le désormais indésirable Kevin Spacey, House of Cards fut d'abord un livre de Michael Dobbs, puis une série anglaise! Diffusée de 1990 à 1996, cette version UK est immédiatement un succès public et critique. L'acteur principal, Ian Richardson, y est pour beaucoup: son visage aimable et réconfortant au premier abord ne tarde pas à devenir littéralement diabolique, façon Vincent Price dans les productions Roger Corman des sixties. Autre coup de génie: ses célèbres apartés avec le téléspectateur -ses regards caméra en plein conseil des ministres sont un délice. C'est peu dire que les Américains se sont "inspirés" de la version originale: Spacey se nomme également Francis, et s'adresse lui aussi directement au spectateur -il emprunte même la phrase culte du show briton: "You might very well think that; I couldn't possibly comment" (en gros: "Libre à vous de penser cela, je ne me permettrais aucun commentaire"). Surtout, l'intrigue est quasiment la même! De la journaliste qui s'entiche de ce Francis Urquhart en route pour Downing Street, au garde-du-corps complice, en passant par la fidèle épouse, entièrement dévouée à son intrigant de mari et au moins aussi ambitieuse, tout y est! Dans la troisième et dernière infernale saison, on offre d'ailleurs à ladite épouse un exemplaire du Prince, de Machiavel... Visuellement daté (ici, pas de David Fincher), et bien moins glamour que la version US, le House of Cards original se démarque par la délectable cruauté de son (anti-)héros et la noirceur de l'ambiance. À noter, les références à Margaret Thatcher, dont l'érection de la statue à son effigie hante une troisième saison au parfum préBrexit, comme les pensées de Francis, bien décidé à se dénicher sa guerre des Malouines à lui... Merci Arte, et God save Francis Urquhart!