Si Manchester a toujours été une ville de foot, tour à tour réchauffée par les exploits d'United et de City, sa scène rock n'avait plus vraiment voix au chapitre depuis des années. À la sortie du deuxième Oasis au milieu des années 90, elle avait sans doute un peu perdu les pédales. Aujourd'hui, le White Hotel a remplacé l'Haçienda et Cabbage sonne comme le chef de file tout désigné d'une scène mancunienne au taquet...
...

Si Manchester a toujours été une ville de foot, tour à tour réchauffée par les exploits d'United et de City, sa scène rock n'avait plus vraiment voix au chapitre depuis des années. À la sortie du deuxième Oasis au milieu des années 90, elle avait sans doute un peu perdu les pédales. Aujourd'hui, le White Hotel a remplacé l'Haçienda et Cabbage sonne comme le chef de file tout désigné d'une scène mancunienne au taquet... Après un premier album ( Young, Dumb and Full of...) qui n'en était pas vraiment un (il compilait trois EP's préalablement sortis) mais qui en était un peu un tout de même (il avait été enregistré d'une traite et a finalement été pressé de la sorte pour le Record Store Day), Cabbage déboule enfin avec son premier véritable album studio. Un disque à son image: fougueux, furieux, malin, engagé et totalement décomplexé. Enregistré à Liverpool, au Parr Street Studios, produit par James Skelly de The Coral et son acolyte Rich Turvey, Nihilistic Glamour Shots a l'hymne facile. Une énergie de club et des refrains de stade. Qu'il se la joue mainstream ( Arms of Pleonexia) ou plus underground ( Molotov Alcopop), le quintet de Mossley termine ses morceaux dans une rage toute rock'n'roll, un déluge d'électricité et un jusqu'au-boutisme échevelé. "They'll slice your arm off if you ask for a hand. Oh it's lovely with the Bullingdon chaps, so grand." Au détour de son album, Cabbage fait référence au Bullingdon club. Un cercle d'étudiants d'Oxford réservé aux garçons de bonnes familles (comprenez fortunés) à la fois réputé pour sa violence et ses actes de vandalisme. Des hooligans de la haute qui payaient rubis sur ongle avec la carte bancaire de papa les dégâts occasionnés. Boris Johnson et David Cameron en ont été membres. Et Cabbage, qui les a en horreur, ne se fait pas prier pour les égratigner. Derrière son titre improbable, Nihilistic Glamour Shots se pose, s'impose comme la bande originale d'une Angleterre malade. D'une jeunesse désillusionnée qui hait la droite, a mal à sa gauche mais veut encore croire en la lutte des classes et les vertus révolutionnaires de la guitare. Avec leur conscience politique, leur plume au vitriol et leur humour du nord, Lee Broadbent et Joe Martin appellent à la révolte. Épinglent ceux qui les dirigent. Crachent sur l'isolement et l'austérité. Les Clash et The Fall, la britpop ( Gibraltar Ape), la Fat White Family ( Preach to the Converted, Reptiles State Funeral), les Libertines ( Exhibit A) ou encore The Coral ( Disinfect Us) qui aurait pour l'occasion croisé la route de Nick Cave: Cabbage se promène dans l'histoire du rock anglais pour mieux se reconnecter avec son époque. Un disque urgent, rebelle, teigneux, tourmenté. Avec des titres de chansons comme Celebration of a Disease et Obligatory Castration, peut-on vraiment s'en étonner?