Misogyne, le rap? Sexiste, le rap? Le cliché a la vie d'autant plus dure qu'il continue, plus de 30 ans après ses premiers vagissements, à être nourri par tout un cortège d'images, de propos et d'attitudes où les biatches figurent plus souvent qu'à leur tour. Pourtant, derrière ce cliché (comme...

Misogyne, le rap? Sexiste, le rap? Le cliché a la vie d'autant plus dure qu'il continue, plus de 30 ans après ses premiers vagissements, à être nourri par tout un cortège d'images, de propos et d'attitudes où les biatches figurent plus souvent qu'à leur tour. Pourtant, derrière ce cliché (comme pour tout cliché), se cache une réalité plus contrastée, qu'il contribue à maintenir sous cloche. C'est cette réalité que Keivan Djavadzadeh, universitaire spécialisé dans les médias contemporains, a décidé d'exhumer dans Hot, Cool & Vicious -traversée inspirée de la remise en cause des questions de genre, mais aussi de race et de classe, dans l'histoire du rap US. Remontant de ses sources jusqu'à ses vedettes les plus contemporaines, il démontre à quel point l'évolution de cette musique est indissociable de la part de plus en plus importante qu'y ont prise les artistes femmes, de The Sequence à Megan Thee Stallion, de Queen Latifah à Salt-N-Pepa, ou de Lil'Kim à Cardi B. Jamais avares de provocations elles-mêmes, elles ont renvoyé au monde une image inversée de la violence sexiste attachée au rap qui la ridiculise dans le moment où elle la radicalise. S'il est un peu dommage que l'ouvrage demeure marqué par son origine universitaire, il n'en demeure pas moins une pierre de touche dans la lecture, encore trop fragmentaire, d'un des plus importants mouvements musicaux du dernier demi-siècle.