Babx ne fait décidément pas comme les autres. C'est sans doute pour cela que, sur la scène française, il reste à la marge. Pour être clair, ce n'est pas demain la veille que l'un de ses titres se retrouvera dépecé par un candidat de The Voice. Même si, au début de sa carrière, Babx a pu aussi entrevoir ce monde-là. Après un premier disque nommé aux Victoires de la musique 2007, il a collaboré avec les "Nouvelles stars" émancipées, Julien Doré et, surtout, Camélia Jordana. En 2013, son troisième album, Drones personnels, pouvait même encore laisser penser qu'il conservait quelque velléités de tubes. Entre...

Babx ne fait décidément pas comme les autres. C'est sans doute pour cela que, sur la scène française, il reste à la marge. Pour être clair, ce n'est pas demain la veille que l'un de ses titres se retrouvera dépecé par un candidat de The Voice. Même si, au début de sa carrière, Babx a pu aussi entrevoir ce monde-là. Après un premier disque nommé aux Victoires de la musique 2007, il a collaboré avec les "Nouvelles stars" émancipées, Julien Doré et, surtout, Camélia Jordana. En 2013, son troisième album, Drones personnels, pouvait même encore laisser penser qu'il conservait quelque velléités de tubes. Entre-temps, David Babin, de son vrai nom, a toutefois largué définitivement les amarres, montant sa propre structure. Sur son label BisonBison, il a sorti Cristal automatique 1 (2015), mettant en musique une dizaine de poèmes -de Baudelaire à Jean Genet; Ascensions (2017), inspiré par le jazz (avec Archie Shepp); et, plus récemment, Nougaro, hommage iconoclaste en trio avec André Minvielle et Thomas de Pourquery. Aujourd'hui, et pour quelques jours encore, c'est à nouveau un projet inédit qu'il sort. Album-film, Les Saisons volatiles est disponible, gratuitement, sur la plateforme Bandcamp, jusqu'à la fin du confinement -soit, au moins jusqu'au 18 mai... Si Babx a court-circuité lui-même la sortie officielle, prévue plus tard dans l'année, c'est sans doute parce que le disque résonnait particulièrement avec le moment. Son origine remonte pourtant à 2017. Le chanteur a alors des envies d'album piano solo. Il décide de... s'enfermer dans son petit appartement de Belleville pour composer. Sa routine est notamment rythmée par le spectacle de dames chinoises répétant quotidiennement leurs chorégraphies sur le terrain de basket, en bas de chez lui. Babx va commencer à les filmer. Elles deviendront son "seul rendez-vous avec le dehors" et entrent dans ses chansons, sa fenêtre se transformant en "une longue vue sur un monde répétitif et changeant avec les saisons". Quand il décide d'accompagner ses chansons d'un moyen métrage, il n'a pas le choix: il les invite à jouer leur propre rôle. Au final, Babx se retrouve à faire un "film-album solo entouré de plus de gens que je n'en ai jamais réunis pour un disque". Les Saisons volatiles n'en conserve pas moins le charme des oeuvres autarciques (pensez à La Fossette de Dominique A). Intimistes, à la fois immobiles et fluctuantes, ces chansons semblent s'adresser à chacun, sans parler probablement à tout le monde. Ritournelles lancinantes à la Steve Reich ( Interlude été), poésie crépusculaire ( Riviera), "chinoiserie" lo-fi ( Karaoké chinois) ou encore prophéties étranges: "Voulez-vous sortir?", propose Babx à son amoureuse qui lui répond: " Mais... on ne peut pas". Dans le film, le couple finira par enfiler un masque à gaz... Deux ans après le tournage, la scène prend évidemment une autre signification. " 2020: me voilà reconfiné, glisse Babx , mais cette fois nous sommes des milliards derrière nos fenêtres"...