Iciar Bollain, Luis Tosar la connaît bien pour avoir incarné (de stupéfiante façon) le mari violent et abusif de Te doy mis ojos. Paul Laverty, lui, la connaît encore mieux car le scénariste attitré de Ken Loach est aussi, à la ville, le compagnon de l'actrice et réalisatrice espagnole. Le second a écrit le script de También la lluvia, où le premier joue le rôle principal. Au Festival de Berlin, où le film a suscité une longue ovation, les 2 hommes s'efforçaient de faire oublier l'absence de Bollain, en voyage au Népal pour un projet de film.
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Iciar Bollain, Luis Tosar la connaît bien pour avoir incarné (de stupéfiante façon) le mari violent et abusif de Te doy mis ojos. Paul Laverty, lui, la connaît encore mieux car le scénariste attitré de Ken Loach est aussi, à la ville, le compagnon de l'actrice et réalisatrice espagnole. Le second a écrit le script de También la lluvia, où le premier joue le rôle principal. Au Festival de Berlin, où le film a suscité une longue ovation, les 2 hommes s'efforçaient de faire oublier l'absence de Bollain, en voyage au Népal pour un projet de film. " Notre envie de départ était de raconter 2 histoires ignorées, explique Laverty. D'abord celle des contradicteurs de Christophe Colomb, Bartolomeo de las Casas et le père Montesinos, qui critiquèrent la manière dont les Indiens étaient traités à l'époque de la colonisation. Et puis celle de la guerre de l'eau, qui éclata en Bolivie, à Cochabamba, en 2000, entre citoyens en colère et forces de l'ordre, suite à la privatisation de l'eau au profit d'une holding. L'Histoire étant toujours écrite du point de vue des vainqueurs, nous avons rappelé quelques événements qui ne vont pas dans ce sens... " Ex-séminariste "endoctriné" chez les jésuites et expédié en mission en Amérique latine, le scénariste écossais a préféré le cinéma et l'engagement politique au profit des plus humbles au prêche de la "bonne parole". " Au séminaire, on m'a appris à déconstruire le marxisme pour mieux le combattre, mais j'en ai surtout beaucoup appris sur lui... ", rit un Paul Laverty qui a également fait des études de juriste, et dont la sensibilité politique tient tout à la fois de l'analyse marxienne et des valeurs christiques, mélange auquel un Pier Paolo Pasolini ne fut pas, en son temps, insensible. También la lluvia ne tombe pas pour autant dans le piège du cinéma idéologique, encore moins du film de propagande. S'il affiche sa solidarité avec les révoltés de l'eau, avec les Indiens opprimés, il échappe au manichéisme et cultive la nuance autant qu'il se peut. " Le secret de toute écriture réside dans la capacité de voir avec les yeux des personnages, de ressentir avec leur sensibilité, reprend le scénariste. Et c'était très difficile ici, où il fallait par exemple tenter de penser comme des Indiens colonisés pouvaient le faire à l'époque des conquistadors, se mettre entre autres à la place de mères qui noyaient leurs enfants pour leur éviter de tomber en esclavage... Il faut alors se fier à son instinct, à son imagination." Deux éléments dont Laverty ne manque point, et qui lui font signer avec También la lluvia un de ses tout meilleurs scripts. Un astucieux retournement de clichés y fait notamment du personnage du producteur, joué par Luis Tosar et traditionnellement désigné comme le "méchant" dans les films sur le cinéma, le "héros" d'un film où il évolue d'un réalisme poussé jusqu'au cynisme à une prise de conscience qui le fera s'engager là ou d'autres préfèrent fuir leurs responsabilités... " Même un producteur peut réagir comme un être humain!", sourit le comédien dont la remarquable prestation dans También la lluvia confirme (après aussi le formidable film de prison Celda 211) l'étendue du talent. " Iciar et moi, nous ne voulions pas de personnages simplistes, purement emblématiques, conclut Paul Laverty, car toute vérité humaine est complexe. Notre film l'est, aussi. Pas compliqué, mais complexe. Quand nous cherchions un financement et qu'on nous demandait quel genre de film c'était, nous étions bien en peine de le dire en quelques mots. Un film sur un film? Un film sur l'histoire de Christophe Colomb? Un film sur la résistance indienne? Un film sur la guerre de l'eau? Un film sur les rapports entre l'art et la réalité? Un film sur la prise de responsabilité? Tout ça, oui, et encore d'autres choses. Vous imaginez notre soulagement quand le budget fut bouclé... " RENCONTRE LOUIS DANVERS, À BERLIN