Film au féminin, InSyriated est dominé par la présence de Oum Yazan, mère de famille tentant d'organiser vaille que vaille la survie des siens au coeur du chaos et du fracas des bombes dans Damas en guerre. Ce rôle, Philippe Van Leeuw l'a écrit en pensant à Hiam Abbass, actrice palestinienne dont il salue tout à la fois la détermination et l'autorité gracieuse. Et de se remémorer le jour où, "tel un gamin avec sa copie, je suis allé la voir. Elle a embarqué tout de suite avec la passion qu'on lui connaît, et elle a fait toute la différence.""Très vite, avec Philippe, nous avons été d'accord sur le fait qu'il ne s'agirait pas d'un film racontant les tenants et aboutissants d'un conflit, mais plutôt d'un portrait de famille traitant de l'humain comme victime de la guerre, observe-t-elle, avant de renchérir: Phili...

Film au féminin, InSyriated est dominé par la présence de Oum Yazan, mère de famille tentant d'organiser vaille que vaille la survie des siens au coeur du chaos et du fracas des bombes dans Damas en guerre. Ce rôle, Philippe Van Leeuw l'a écrit en pensant à Hiam Abbass, actrice palestinienne dont il salue tout à la fois la détermination et l'autorité gracieuse. Et de se remémorer le jour où, "tel un gamin avec sa copie, je suis allé la voir. Elle a embarqué tout de suite avec la passion qu'on lui connaît, et elle a fait toute la différence.""Très vite, avec Philippe, nous avons été d'accord sur le fait qu'il ne s'agirait pas d'un film racontant les tenants et aboutissants d'un conflit, mais plutôt d'un portrait de famille traitant de l'humain comme victime de la guerre, observe-t-elle, avant de renchérir: Philippe avait une idée très claire de sa mise en scène, de ses mouvements de caméra, du travail qu'il voulait faire avec les comédiens et les enfants. Quand j'ai le sentiment que le réalisateur sait très bien ce qu'il veut, le plus important, pour moi, c'est de me concentrer sur mon rôle pour le rendre réel."Entamé en 1987 devant la caméra de Michel Khleifi avec Noce en Galilée, le parcours de la comédienne l'a vue se multiplier, au fil des ans, sur les terrains les plus divers. Et d'imposer sa présence, toute d'intensité, chez Eran Riklis (La Fiancée syrienne, Les Citronniers) comme chez Amos Gitaï (Free Zone); chez Hany Abu-Assad (Paradise Now) comme chez Radu Mihaileanu (La Source des femmes), artiste sans frontières ayant encore tâté du cinéma anglo-saxon au côté des Steven Spielberg (Munich), Tom McCarthy (The Visitor), Jim Jarmusch (The Limits of Control) ou, tout récemment, Denis Villeneuve pour Blade Runner 2049. Ce que l'on appelle un CV imposant, sans que son humilité s'en soit pour autant trouvée entamée... Philippe Van Leeuw souhaitait que ses comédiens puissent s'appuyer sur leur vécu. Et Hiam Abbass, qui a grandi dans un village de Galilée au son des bombes, avait assurément cette perception intime d'un conflit. Mais, explique-t-elle, "si on convoque forcément des souvenirs, a fortiori quand on travaille sur des choses qui rappellent des éléments de l'enfance, j'essaye, chaque fois que j'arrive sur un plateau, de me neutraliser de toute connaissance acquise et, plus encore, de savoir-faire. J'aime me dire que je ne sais rien du personnage, même si on en a parlé avec le réalisateur, et prendre ce qui viendra sur le moment, je ne calcule pas. S'il s'agit d'un film historique ou d'une oeuvre dont le sujet me dépasse, je vais faire des recherches, lire, m'instruire ailleurs pour pouvoir nourrir le personnage. Mais si ce dernier est plutôt tangible pour moi, je préfère travailler avec très peu, pour créer ou explorer quelque chose que je ne connais pas." Ainsi donc de Oum Yazan, mère courage à qui les impératifs de la survie imposent bientôt leur loi, jusqu'à devoir gagner une zone de "non-moralité". Et l'actrice de s'aventurer, à sa suite, en terrain mouvant. "Je crois que tout travail artistique vient d'une interrogation, et qu'on se met dans le paysage pour les relever. Je n'ai jamais jugé cette femme. Ce qui me plaît dans ce film, c'est qu'il pose beaucoup de questions sans donner les réponses, et qu'il invite dans la foulée le spectateur à se les poser." En quoi elle serait d'ailleurs encline à voir sa responsabilité de comédienne: "Nous vivons, aujourd'hui, dans un monde beaucoup plus difficile. Le radicalisme me dépasse et prend le dessus sur notre quotidien. La réflexion sur ce qui se passe et sur le sens que l'on veut donner à sa vie est donc différente. Nous sommes un peu responsables de tout ce qui se produit. Si je peux contribuer à relever des interrogations qui, peut-être, ouvriront des yeux ou des mentalités, tant mieux. Je crois que le travail artistique doit avoir un sens, ce qui rend un film comme InSyriated nécessaire. J'essaye d'être cohérente, de faire des choses en accord avec qui je suis, ce que je pense et comment je me situe dans notre temps contemporain qui nous démange tous les jours..." J.F. PL.