Les mâles blancs les plus réticents au changement ont tort de regretter la prolifération des expositions monographiques mettant en lumière des femmes artistes dont le travail est trop longtemps resté dans les limbes de l'histoire de l'art officielle, cette légende dorée dont on oublie qu'elle est à réécrire sans cesse. Pour l'amateur éclairé, ces propositions sont autant de précieux coups de projecteur adressés au m...

Les mâles blancs les plus réticents au changement ont tort de regretter la prolifération des expositions monographiques mettant en lumière des femmes artistes dont le travail est trop longtemps resté dans les limbes de l'histoire de l'art officielle, cette légende dorée dont on oublie qu'elle est à réécrire sans cesse. Pour l'amateur éclairé, ces propositions sont autant de précieux coups de projecteur adressés au mystère de la création. Parmi les redécouvertes à effectuer d'urgence, on ne saurait trop conseiller l'accrochage que la Royal Academy of Arts de Londres consacre à Helene Schjerfbeck (1862-1946), peintre finlandaise remarquable dont c'est la première rétrospective au Royaume-Uni. L'oeuvre vaut le détour qui a évolué d'un sage impressionnisme à une pratique tournée vers des questions strictement picturales. Le tout prend place au coeur d'une biographie qui ne manque pas de relief -on pense par exemple au fait que l'intéressée a été envoyée en Europe par son pays afin de copier les chefs-d'oeuvre des grands maîtres dont les collections nationales manquaient cruellement. Cette mission n'a pas manqué d'avoir un impact sur son travail, en particulier le très beau tableau intitulé Fragment dans lequel Schjerfbeck s'est appliqué à restituer l'effet patiné d'une fresque murale. Après 1904, celle qui était alors quadragénaire s'est éloigné d'Helsinki pour gagner une résidence loin de l'agitation de la ville. Ce nouveau séjour lui a permis de se concentrer sur l'acte de peindre à proprement parler. Moins travaillées par la question de la vraisemblance, ses toiles se sont autonomisées, désormais davantage taraudées par les problématiques de couleurs et de composition: une salle entière alignant les autoportraits rend compte du devenir abstrait de ses préoccupations. Les unes après les autres, les représentations en question se découvrent comme un petit cinéma intérieur magnétique. Comme le témoin des forces qui s'exercent sur la peinture. Par-delà le lieu. Par-delà le genre.