Bill Callahan a longtemps eu la réputation d'un mec discret, taciturne, solitaire et renfermé. Dans le temps, le confinement ne l'aurait sans doute pas dérangé. "Je ne m'en serais probablement même pas rendu compte", plaisante-t-il avec son calme contagieux et son humour à froid. Aujourd'hui, le Texan d'adoption avoue pourtant trouver la situation flippante. "On peut bien sûr mourir n'importe quand et comment mais le fait que cette menace flotte sur la planète entière a quelque chose de terrifiant."
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Bill Callahan a longtemps eu la réputation d'un mec discret, taciturne, solitaire et renfermé. Dans le temps, le confinement ne l'aurait sans doute pas dérangé. "Je ne m'en serais probablement même pas rendu compte", plaisante-t-il avec son calme contagieux et son humour à froid. Aujourd'hui, le Texan d'adoption avoue pourtant trouver la situation flippante. "On peut bien sûr mourir n'importe quand et comment mais le fait que cette menace flotte sur la planète entière a quelque chose de terrifiant."Craintes de s'en aller, sens nouveau des responsabilités... Callahan a changé. Artiste prolifique, le singer-songwriter anciennement connu sous le nom de Smog a promené son spleen sur une vingtaine d'albums depuis le début des années 90. Il n'en était pas moins resté à l'écart des studios pendant cinq ans avant la sortie l'été dernier de Shepherd in a Sheepskin Vest. Callahan l'avoue, il est plus ouvert aux autres que jamais. Il a épousé une réalisatrice (Hanly Banks) qui tournait un documentaire à son sujet et a découvert en 2015 les joies de la paternité. Bill aurait même arrêté la musique pour élever son gamin si sa femme ne l'en avait dissuadé. "Mon fils trouve ma musique ennuyeuse", sourit-il. À la croisée du folk et d'une country sans poussière, serein et épuré, son nouvel album, Gold Record, se décline tel une galerie de portraits aux racines autobiographiques. Une collection de morceaux souvent plus tout jeunes qu'il n'avait jamais terminés. On y croise un chauffeur de limousine prodiguant des conseils à de jeunes mariés ou encore un fan de Ry Cooder célébrant son héros. "Ces chansons n'auraient pas collé sur mes précédents disques. Le thème de l'album, c'est qu'il n'en a pas. Ce sont dix titres qui racontent chacun leur propre histoire. Ils ont un profil solitaire et des allures de singles."Bill une bouteille de champagne et un disque d'or (500 000 copies aux États-Unis) à la main, ce n'est pas vraiment pour demain. L'homme a le sens de l'humour et le goût du clin d'oeil. Pigeons qui ouvre l'album commence par " Hello, I'm Johnny Cash" (comme le célèbre concert de l'homme en noir à la prison de Folsom) et se termine par " Sincerely L. Cohen", hommage au seigneur Leonard... "Je vois certains songwriters comme des dieux grecs. Tu peux aller les consulter en haut d'une montagne. Leurs âmes flottent autour de toi. Je leur parle souvent et leur demande ce qu'ils feraient à ma place, comment ils termineraient un morceau, chanteraient un couplet..."Joni Mitchell, dit-il, est constamment dans sa tête quand il écrit des chansons. Elle n'est pas la seule. Callahan se pose un tas de questions. Protest Song est né il y a huit ans alors qu'il regardait la télévision. " J'avais l'habitude de mater les talk-shows de fin de soirée. Toujours curieux de quel groupe viendrait s'y produire en fin d'émission et constamment horrifié par la réponse à cette interrogation. Comment quelque chose d'aussi mauvais peut bénéficier d'une telle caisse de résonance? Les gens apprécient-ils vraiment ce morceau? Pourquoi est-ce que moi, je ne l'aime pas? Est-ce que seulement le mec sur scène pense que c'est une bonne chanson? J'étais fasciné par ces atrocités. Ce titre, c'est comme une envie de mort, un désir de revanche et de vengeance dans un film de Charles Bronson. Il est juste étrange que je sorte cette chanson en ces temps de protestation et de manifestations."Selon lui, réussir une bonne protest song est un exercice compliqué. "Elles ont une date d'expiration. À un moment, elles perdent de leur sens. Les gens en oublient les raisons. Je me garde donc bien d'en écrire." Faith/Void de Smog sur lequel il chante " It's time to put God away" est sans doute ce qui y ressemble le plus dans sa discographie. Callahan préfère le petit bout de la lorgnette aux grandes déclarations. Sur The Mackenzies, l'une des plus belles chansons de son nouvel album, il se raconte en ermite dont la voiture tombe en panne, à qui ses voisins qu'il ne connaît pas donnent un coup de main et qui finit par s'endormir dans la chambre de leur fils décédé... "Certaines personnes ont quelque chose de magique. Tu te sens tout de suite à l'aise quand tu les rencontres. Ils semblent avoir atteint un moment de leur vie où ils abandonnent leurs défenses, accueillent des étrangers et leur parlent comme s'ils les connaissaient depuis 20 ans. J'ai toujours été fasciné par ces individus, leur chaleur humaine. Tu ne dois pas montrer patte blanche, faire d'efforts pour démolir leur mur ou pour lever tes propres barrières."Les Mackenzie sont inspirés par un couple croisé il y a une trentaine d'années, quand il a acheté sa première voiture, un minivan, pour pouvoir partir en tournée. "Une fois que le marché a été conclu, ils m'ont fait entrer, m'ont servi un cocktail. On a discuté pendant un moment. Je ne me souviens pas de leur nom mais j'ai souvent pensé à eux. Selon Werner Herzog, les gens du Midwest sont les plus accueillants au monde." Né dans le Maryland, Callahan a passé une partie de son enfance sur une base militaire américaine dans le Yorkshire. Un bout de vie qui a renforcé ses relations à son propre pays. Depuis fin juin, Bill a levé patiemment le suspense et sorti une chanson de son disque tous les lundis. Il revisite notamment un morceau de Smog ( Let's Move to the Country) dont il a actualisé les paroles pour continuer à y croire. "Le streaming reste une manière relativement nouvelle de toucher les gens. J'ai grandi dans un monde où on découvrait la musique en lisant la presse et en écoutant la radio. Ce sont les routes que j'ai empruntées pour me faire connaître quand j'ai commencé ma carrière. Le streaming n'est pas un format qui m'excite mais il y a tellement de choses sur Internet que les gens s'emballent sur un truc un jour et l'ont déjà oublié le lendemain. J'ai cherché un moyen d'entretenir leur intérêt et leur curiosité." Son prochain album, dit-il, est d'ores et déjà enregistré...