C'est la seconde fois (après John Davies en 1972) que la BBC porte à l'écran le chef-d'oeuvre de Léon Tolstoï. Sous forme de feuilleton écrit entre 1865 et 1869, il dépeint l'aristocratie russe en proie au sentimentalisme, sourde aux fureurs du monde, sombrant corps et âme dans les guerres napoléoniennes. Andrew Davies en offre une adaptation magistrale qui f...

C'est la seconde fois (après John Davies en 1972) que la BBC porte à l'écran le chef-d'oeuvre de Léon Tolstoï. Sous forme de feuilleton écrit entre 1865 et 1869, il dépeint l'aristocratie russe en proie au sentimentalisme, sourde aux fureurs du monde, sombrant corps et âme dans les guerres napoléoniennes. Andrew Davies en offre une adaptation magistrale qui feint d'en couvrir les rugosités avec un vernis très Jane Austen (il avait adapté Pride and Prejudice et Sense and Sensibility). La scène d'ouverture valide cette option, qui permet de saisir en quelques lignes de dialogues bien sentis les relations amoureuses, affects, sentiments, intrigues et tourments aussi complexes que les patronymes des protagonistes -ce que Tolstoï a décrit sur des dizaines de pages-, sans en perdre tout le sel. Les six épisodes enchaînent les ellipses, les costumes et décors somptueux, les mises en scène magistrales, les tragédies et moments de lumière de cette saga sans en grever la qualité chorale ni les méandres de sa progression dramatique. Comme dans un Terrence Malick touché par l'âme slave, l'Histoire et le Destin reprennent leurs droits et broient les femmes et les hommes. Les batailles d'Hollabrunn, d'Austerlitz, de la Moskova, l'incendie de Moscou donnent lieu à des reconstitutions sans excès de sang ni héroïsme en toc. Dans ce spectacle où la cendre se mêle au nectar de vie le plus pur, où la grâce dialogue avec le tragique sur fond de débâcle, Paul Dano, Lily James, l'impeccable James Norton, Greta Scacchi, Jim Broadbent, Brian Cox offrent des performances quatre étoiles que la présence saugrenue de Mathieu Kassovitz en Napoléon ne parvient même pas à entacher.