"Shade"

" D'une certaine manière, chaque disque est un fantôme", écrit le critique Simon Reynolds dans son célèbre essai Retromania. " Il constitue la trace du corps du musicien, l'empreinte de sa respiration et de son effort." Une illusion d'autant plus troublante, que l'on peut la convoquer quand on veut. En d'...

" D'une certaine manière, chaque disque est un fantôme", écrit le critique Simon Reynolds dans son célèbre essai Retromania. " Il constitue la trace du corps du musicien, l'empreinte de sa respiration et de son effort." Une illusion d'autant plus troublante, que l'on peut la convoquer quand on veut. En d'autres mots, " les disques sont des fantômes que l'on peut contrôler". Des fantômes, il y a en plein dans le nouvel album de Grouper, le pseudo sous lequel se cache la musicienne américaine Liz Harris. Avec Shade, elle a décidé de regrouper une petite dizaine d'enregistrements, dont certains remontent à une quinzaine d'années. Malgré ces écarts chronologiques, la musique proposée a la fraîcheur d'un premier album. Surtout, l'ensemble brille par sa cohérence, traçant une ligne entre les humeurs ambient volontiers expérimentales de la productrice et des moments plus folk. Dans tous les cas, la musique de Grouper paraît hantée, à la fois intime -sur Pale Interior, Harris chante en baissant la voix, susurrant quasi par moments- et étrangement froide et réservée, un peu comme pouvait l'être celle d'un groupe comme Cocteau Twins. Rappelant les ruminations d'un William Basinski, Disordered Minds est un autre exemple de brouillard habité, tandis que The Way Her Hair Falls est peut-être ce qui ressemble le plus à une chanson folk classique. Pourtant, même là, Harris semble à la fois proche -le bruit des doigts qui glissent sur la corde- et distante, hésitante au point de trébucher. Fascinant.