Dialogue with Light
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Dialogue with Light WALTER LEBLANC - JEF VERHEYEN, MUSÉE D'IXELLES, 71 RUE JEAN VAN VOLSEM, À 1050 BRUXELLES. JUSQU'AU 22/01. Pour aborder Dialogue with Light, quelques précautions ne sont pas inutiles. "Entre un artiste dont le travail est dominé par la torsion et un autre qui a exploré le potentiel du monochrome, il faut avouer que sur papier cela peut sembler un peu sec... ", commente Adrien Grimmeau, qui assure le commissariat de l'événement (que l'on découvre en cours de montage) et signe une partie des textes du catalogue. Pour ce jeune curateur qui passe avec aisance du graffiti à l'abstraction, la présente exposition nécessite un investissement du visiteur. "Il faut se donner la peine d'entrer dans les tableaux", ajoute-t-il. Une telle rencontre ne peut se faire qu'à la condition de prendre le temps, raison pour laquelle le commissaire a veillé à ne pas présenter plus de 80 oeuvres, une sélection serrée mais nécessaire. Une autre clé est bienvenue pour bien comprendre de quoi il s'agit: le contexte historique. Grimmeau d'en donner les grandes lignes: "Il y a deux ans, un trio d'expositions a attiré l'attention du public sur le mouvement Zero. Cette mouvance, née en Allemagne, s'est diffusée entre 1958 et 1968. Pourquoi "Zero"? Parce qu'il y a un désir de page blanche, de table rase. Les trois artistes qui l'ont initié souhaitaient un retour à zéro du pictural. Cette décennie passionnante prend la forme d'un laboratoire de la peinture d'où émerge entre autres l'idée de peindre sans pinceau." Fort de ce contexte de redécouverte, il a eu l'idée de remettre à l'honneur les artistes belges qui ont participé à cette effervescence. Sur les quatre que l'on a l'habitude d'apparenter à cette école, un parallèle s'imposait entre Walter Leblanc et Jef Verheyen, deux plasticiens nés en 1932 du côté d'Anvers, dont les oeuvres font valoir consonances et dissonances. C'est un parcours parfaitement articulé qu'offre le Musée d'Ixelles. Dès les premiers pas, il livre la grille d'interprétation suggérée par Adrien Grimmeau à travers deux vitrines faisant place à des céramiques japonisantes, ainsi que deux dessins peints aux allures de partitions. Les premières fournissent un condensé du champ artistique que va développer Verheyen, étiré dans le sens de la profondeur, celui d'une contemplation nébuleuse évoquant la peinture chinoise. Les seconds signalent la fascination de Leblanc pour le jazz. Et de fait, les torsions qui sont sa marque de fabrique fournissent la rythmique syncopée des compositions qu'il a produites jusqu'en 1986. Cette perspective permet également d'entrevoir une autre ligne de partage qui distingue les deux oeuvres: le culte de l'introversion pour Verheyen, celui d'un travail qui, au sens propre, va au-devant du monde pour Leblanc. Plutôt que de dérouler les évolutions stylistiques d'un bloc, la mise en scène prévoit des respirations. Ainsi des tableaux du groupe G58, réaction épidermique d'une génération d'artistes qui a compris la nécessité d'exister en marge de l'étau (quasi) post-colonial connu sous le nom d'Expo 58. Il y a aussi le fascinant éclairage qui retrace Zero au travers de ses fondateurs -notamment Günther Uecker et son usage soufflant du clou- et des artistes qui se sont engouffrés dans cette brèche -Lucio Fontana, Piero Manzoni. Au final, on sort ému par deux artistes qui ont renouvelé le regard sur la lumière et l'espace. MICHEL VERLINDEN