The Allman Brothers Band, The Black Crowes, Nathaniel Rateliff: la tradition du sud américain blanc ramenant les fondamentaux blues-gospel-funk-rock-soul saute les décennies. Sans forcément tomber dans le hard-blues un rien beauf à la Lynyrd Skynyrd, les Sudistes empruntent largement, au moins depuis les sixties, aux musiques noires. Y intégrant volontiers une dose de rock acide via des guitares mordantes, virtuoses, libertaires. Cet état des lieux tiendra désormais compte d'un jeune joufflu de Caroline du Sud ayant tout juste dépassé l'âge de légalement picoler dans les bars ricains, déjà a...

The Allman Brothers Band, The Black Crowes, Nathaniel Rateliff: la tradition du sud américain blanc ramenant les fondamentaux blues-gospel-funk-rock-soul saute les décennies. Sans forcément tomber dans le hard-blues un rien beauf à la Lynyrd Skynyrd, les Sudistes empruntent largement, au moins depuis les sixties, aux musiques noires. Y intégrant volontiers une dose de rock acide via des guitares mordantes, virtuoses, libertaires. Cet état des lieux tiendra désormais compte d'un jeune joufflu de Caroline du Sud ayant tout juste dépassé l'âge de légalement picoler dans les bars ricains, déjà auteur de trois albums avec son band. Aussi bien Rolling Stone que les branleurs situationnistes de Vice ont largement déroulé le tapis écarlate devant ce mec qui semble synthétiser l'ultime mélancolie soul aux déchirements six cordes à la Duane Allman. En fait, les explications plus ou moins biographiques sur Marcus King restent à la traîne par rapport au plaisir de découvrir sa musique. Dès le morceau d'ouverture, Young Man's Dream, Marcus bêle d'une erratique voix mentholée, comme Rod Stewart en 1971, quand l'Écossais se prenait encore pour le Sam Cooke des Highlands. Point d'ancrage d'un album où une poignée d'autres titres ( Beautiful Stranger, Break, Love Song) ont la raucité vocale de l'ex-leader des Faces, qui bluffait Arno et donnait l'impression que la Vieille Albion avait décalé la Tamise vers le Mississippi. King nous offre à l'inverse un étonnant décalage anglophile qui boucle pourtant un album essentiellement américain. Quoique. Le solo de guitare ouvrant The Well ramène d'éclaboussantes bouffées d'Eric Clapton période Derek & The Dominos mais aussi d'un Peter "Fleetwood Mac" Green, les deux étant, comme on le sait, intrinsèquement anglais. Dans ces moments-là, la virtuosité de Marcus King dégraisse à la fois préjugés -rien à foutre du label southern rock- et temporalité. Parce que la question posée par ce premier disque solo où se distingue entre autres une stupéfiante performance vocale à la Otis Redding ( Wildflowers & Wine), est de savoir jusqu'à quel point une musique empruntant sans ambages aux parfums passés peut encore être actuelle. Question à trois dollars -qu'on ne pose d'ailleurs guère aux revenants blacks- qui s'efface devant la qualité d'éventuels mimétismes. King est d'un talent naturel, que ce soit dans ses manières vocales ou dans le jeu de guitare, les deux foutant le frisson. L'intro juteuse de Say You Will, le pré-cité The Well ou la conclusion du disque, No Pain -une autre ballade, sertie d'orgue où la voix spleene- poussent vers d'autres frontières grâce à des accords quasi planants qui vont peu à peu s'éteindre avec l'ultime chanson. En résulte un album impeccablement produit dans son studio de Nashville avec des musiciens du cru, par Dan Auerbach des Black Keys, désormais docteur en rétrographie à vocation contemporaine.