Confessons-le: notre premier réflexe au vu de cette affiche 100% dédiée aux femmes a été un mouvement de recul provoqué par la suspicion d'une programmation opportuniste. En pleine vague de rétro-féminisme (en 2019, curateurs, galeristes et autres directeurs d'institutions n'ont eu de cesse de se racheter une bonne conscience en déclinant l'Histoire de l'art au féminin) et deux ans après #MeToo, on a d'abord trouvé un peu gros d'y aller de son petit couplet sur le sujet, d'autant plus que c'était fait en convoquant la figure de Gloria Steinem, dont la biographie My Life on the Road fait désormais consensus. Puis, on a tourné sept fois sa langue dans sa bouche. En y réfléchissant, il faut...

Confessons-le: notre premier réflexe au vu de cette affiche 100% dédiée aux femmes a été un mouvement de recul provoqué par la suspicion d'une programmation opportuniste. En pleine vague de rétro-féminisme (en 2019, curateurs, galeristes et autres directeurs d'institutions n'ont eu de cesse de se racheter une bonne conscience en déclinant l'Histoire de l'art au féminin) et deux ans après #MeToo, on a d'abord trouvé un peu gros d'y aller de son petit couplet sur le sujet, d'autant plus que c'était fait en convoquant la figure de Gloria Steinem, dont la biographie My Life on the Road fait désormais consensus. Puis, on a tourné sept fois sa langue dans sa bouche. En y réfléchissant, il faut reconnaître que depuis qu'elle existe, la Patinoire Royale a toujours fait place aux artistes femmes et pas les moins intéressantes, de Joana Vasconcelos à Jeanne Susplugas, en passant par Olga de Amaral. Imprimatur, donc: American Women fait sens dans ce lieu imposant et il faut d'autant moins bouder l'événement qu'il recèle son lot de pépites. " Cette exposition se veut le manifeste de cette mouvance incarnée par de toutes jeunes femmes, qui donnent à voir et dénoncent un monde toujours aussi "genré", séparant les sexes par les visées autoreproductrices des schémas sociétaux, notamment familiaux", écrivent Valérie Bach et Constantin Chariot dans un texte liminaire du catalogue, prouvant le caractère sempiternel de la lutte à mener. L'exposition ne porte-t-elle d'ailleurs pas le sous-titre de The Infinite Journey? C'est par un véritable émoi que s'ouvre ce parcours caractérisé par une scénographie simple et efficace se déployant par le biais de cloisons blanches. Cet émoi, c'est le travail pictural de Cassi Namoda (Maputo, 1981) qui l'administre. Les toiles de cette artiste originaire du Mozambique, qui vit aux États-Unis, mettent en scène un personnage fictif, Maria, livrant une narration inédite de la femme africaine qui lui restitue une voix propre. C'est tout particulièrement vrai dans Three Maria's not so New in the City (2019), une composition éclatante et joyeuse qui rend hommage à la sublime série Our Nightly Bread du photographe mozambicain Ricardo Rangel. Idem pour Maria's First Night in the City (2019), autre grand format acrylique sur toile à la séduction immédiate, même si la tonalité est triste. Si le travail de Namoda demande un décryptage, d'autres oeuvres vont droit au but. On pense en particulier à Macon Reed et son A Pressing Conference (2017), une installation en bois, carton et pâte à papier qui offre au visiteur une prise de parole inédite par le biais de la reproduction de la salle qui permet au Président des États-Unis de s'adresser à la presse. On ne s'étonnera pas d'apprendre que cette plateforme, qu'il convient de faire résonner sur les réseaux sociaux (#apressingconference), est contemporaine de l'élection de Trump, événement synonyme du retour d'un discours patriarcal affligeant. On ne saurait rendre compte de l'entièreté du casting réuni -des grands noms tels que Martha Rosler, Nancy Spero, Annette Lemieux...- en raison de l'abondance des oeuvres présentées mais on ne saurait passer à côté du travail de Kiki Smith, dont Standing Still (2001), une encre sur papier, montre la puissance avec laquelle les artistes femmes sondent l'intime. Une intimité impatiente de trouver un relais au niveau politique.