" Comment une fille peut-elle faire s'écrouler tout un monde?" Le scandale avait ébranlé l'Angleterre du début des années 60: l'affaire Profumo, du nom du ministre de la Guerre surpris en pleine relation adultère avec une jeune aspirante actrice, Christine Keeler, a cristallisé toutes les tensions sexuelles, raciales et politiques de la prude Albion, dans le contexte brûlant de la guerre froide et de la décolonisation. Déjà racontée à l'écran dans le film Scandal (Michael Caton-Jones, 1988) et, plus récemment, dans la deuxième saison de la série The Crown, l'intrigue trouve avec la minisérie pilot...

" Comment une fille peut-elle faire s'écrouler tout un monde?" Le scandale avait ébranlé l'Angleterre du début des années 60: l'affaire Profumo, du nom du ministre de la Guerre surpris en pleine relation adultère avec une jeune aspirante actrice, Christine Keeler, a cristallisé toutes les tensions sexuelles, raciales et politiques de la prude Albion, dans le contexte brûlant de la guerre froide et de la décolonisation. Déjà racontée à l'écran dans le film Scandal (Michael Caton-Jones, 1988) et, plus récemment, dans la deuxième saison de la série The Crown, l'intrigue trouve avec la minisérie pilotée par Amanda Coe ( Life in Squares) pour la BBC, un point de vue inédit: celui de Christine Keeler. Tout en donnant une part importante au contexte politique et sociétal, The Trial of Christine Keeler dresse un portrait de cette jeune femme étiquetée fatale de 19 ans, un peu trop libre et naïve pour son temps, et des projections multiples dont elle est le réceptacle bien malgré elle. Même si Keeler (convaincante Sophie Cookson) est le centre des attentions, la série effleure les aspects factuels de son existence (un contexte familial pénible, une course à l'argent de clubs de strip-tease en castings et réunions mondaines) comme pour mieux éviter de la définir par ses seuls choix. Si désastreux ou inspirés soient-ils. La liaison avec le ministre a droit à une analyse pertinente, mais elle n'est qu'un des nombreux éléments qui vont jeter la jeune fille en pâture aux tabloïds, à la police, à la vindicte et au voyeurisme populaires. Et ultimement au tribunal, en 1963, point d'orgue d'une narration ascensionnelle gagnant en intensité et en rythme après deux premiers épisodes qui ont tendance à faire rentrer au chausse-pied tous les enjeux du drame à venir. Tout commence à s'enclencher lorsque Keeler et son amie Mandy (Ellie Bamber) entrent dans la bonne société par l'entremise d'un sémillant kiné, Stephen Ward, joué par James Norton ( McMafia et The Nevers, lire page 46), décidément dans d'excellentes dispositions. Il est la clé de voute, à la fois entremetteur et protecteur, de ce monde qui vacille entre plaisirs et mises en danger, jusqu'à l'ultime condamnation. The Trial of Christine Keeler est l'histoire d'une femme dont la condition la porte à être toujours là où elle ne devrait pas. Une bombe à retardement pour la société anglaise, pour les représentations auxquelles elle assigne la jeune femme, mais surtout pour elle-même. Que ce soit sur la scène d'un strip-club ou dans les antichambres du pouvoir, Keller est l'objet de convoitise et d'opprobre. Incapable de se décider à se conformer au désir des hommes ou à se défaire de leur emprise, sidérée par les conséquences médiatiques, politiques et intimes d'un scandale protéiforme, elle a quelque chose d'un Joseph K. qui tenterait par tous les moyens de reprendre le contrôle d'un récit personnel qui, quoiqu'elle en dise, lui a toujours échappé.