"Smiling with No Teeth"

Si on ne peut pas dire que la scène hip-hop australienne ait jusqu'ici beaucoup marqué les esprits, il n'est pas impossible que Genesis Owusu change la donne. Du moins si l'intéressé accepte l'étiquette: certes, le rap est bien le point de départ de Smiling with No Teeth, son épatant premier album, mais c'est pour mieux prendre la tange...

Si on ne peut pas dire que la scène hip-hop australienne ait jusqu'ici beaucoup marqué les esprits, il n'est pas impossible que Genesis Owusu change la donne. Du moins si l'intéressé accepte l'étiquette: certes, le rap est bien le point de départ de Smiling with No Teeth, son épatant premier album, mais c'est pour mieux prendre la tangente et slalomer entre les genres, faisant sauter les étiquettes les unes après les autres. Né au Ghana en 1998, Kofi Owusu-Ansah a deux ans quand sa famille émigre en Australie et s'installe à Canberra. Au lycée, il est le seul Noir parmi les 2 000 élèves inscrits. Et quand il se lance en musique, les professionnels ont tendance à le ramener systématiquement dans la case soul-funk... Lui voit pourtant plus large. La preuve avec un disque que l'intéressé décrit lui-même comme du " punk-jazz du XXIe siècle". Rêche donc ( On the Move! en intro), mais surtout libre. Tête brûlée, Owusu se marre, en passant de l'indie rock à la TV on the Radio ( The Other Black Dog) à la rumination soul façon Outkast ( Waitin' on Ya). Plus loin, Drown démarre comme du Bruce Springsteen, tandis que Whip Cracker vire à la sortie funk Princière. Owusu lâche les chiens, sur la forme comme sur le fond: en utilisant la métaphore du "black dog", il réussit à évoquer à la fois le racisme ( I Don't See Colour) et la dépression qui n'est jamais très loin ( A Song About Fishing). Audacieux, le rappeur a pris le risque d'un disque fun, mais éventuellement décousu. À l'arrivée, Smiling with No Teeth réussit pourtant à trouver sa propre cohérence, sans jamais rien lâcher de son intrépidité. L'un des coups de coeur de ce début d'année.