Bloodline (saison 1)
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Bloodline (saison 1) UNE SÉRIE NETFLIX CRÉÉE PAR TODD A. KESSLER, GLENN KESSLER ET DANIEL ZELMAN. AVEC BEN MENDELSOHN, KYLE CHANDLER, LISA CARDELLINI. DIST: SONY. 7 Retenez bien ce nom. Ou pas, peu importe, finalement. Mais Ben Mendelsohn, qui campe le fils maudit des Rayburn dans Bloodline, offre le genre de prestation que l'on n'oublie pas de sitôt. Incarnant à la perfection l'âme moite et malsaine du mouton noir, celui qu'on avait pu notamment voir dans Animal Kingdom donne à la série ce petit supplément de noirceur qui fait la différence. Qu'on ne s'y méprenne pas, l'ensemble du dispositif est au point, les créateurs de Bloodline Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman ne manquant éminemment pas de bouteille: on doit au trio la série Damages, thriller redoutable d'efficacité dans lequel Glenn Close et Rose Byrne s'écharpaient gaiement, sur fond de flashforwards. Flashforwards que les auteurs appliquent une nouvelle fois à cet opus: d'entrée de jeu, on nous apprend que quelque chose de dramatique va se produire entre les frères. Et que l'un d'eux va mourir. Tout l'enjeu réside alors dans le chemin, dans la manière dont on va inexorablement s'approcher du drame en question. "Nous ne sommes pas de mauvaises personnes. Mais on a fait quelque chose de mal", annonce ainsi l'affiche de Bloodline, coproduction de Sony et Netflix présentée à la Berlinale début 2015 et lancée en un bloc de dix épisodes sur le célèbre site de streaming à la demande en février de la même année (la saison 2 va sortir le 27 mai sur Netflix). L'histoire, c'est celle de la famille Rayburn, qui tient un hôtel en front de mer, dans les Keys, un archipel du sud de la Floride. Les parents, Sally et Robert (Sissy Spacek et Sam Shepard), sont sur le point de fêter leur 45e anniversaire de mariage auprès de leurs trois enfants, l'avocate Meg, le flic John et le manuel Kevin. Sauf que, comme on peut l'anticiper dans le flashforward, le plus âgé des frères, Danny, revient au bercail pour s'associer douloureusement à la fête. Forcément, les tensions s'enchaînent, parce que forcément, Danny traîne derrière lui des secrets que la famille Rayburn n'a pas spécialement envie de déterrer. Une trame assez classique en somme, mais que Todd A. Kessler, Glenn Kessler et Daniel Zelman vont dérouler avec pas mal de subtilité et d'intelligence, en faisant doucement mijoter la tension. Dire qu'on se cramponne aux épisodes de Bloodline comme à ceux de 24 heures chrono serait mentir: à force de prendre son temps, la série subit parfois quelques pertes, niveau intensité. Mais in fine, portée par une photo particulièrement léchée, l'étude psychologique de cette famille rongée par les non-dits fait mouche. On le disait, le jeu de Ben Mendelsohn apporte la densité nécessaire au personnage pivot de Danny. Mais il est bien aidé par un casting particulièrement solide. De la belle ouvrage. GUY VERSTRAETEN