Oxenfree
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Oxenfree ÉDITÉ ET DÉVELOPPÉ PAR NIGHT SCHOOL STUDIO, ÂGE: 12+, DISPONIBLE SUR PC ET XBOX ONE. 9 Se balader sur la bande FM, blotti sous la couette. Suivre une libre antenne. Pester contre des parasites et s'endormir au son de l'Eurosignal, balise extraterrestre et hypnotique tournant en boucle, en fin de fréquence. A n'en pas douter, l'imaginaire que la radio semait avant le Web a marqué Adam Hines et Sean Krankel. Le duo qui a respectivement officié en tant que dialoguiste chez Telltale Games (l'adaptation gaming de Walking Dead !) et illustrateur chez Disney jongle en effet entre ondes courtes et longues pour ouvrir une fenêtre glaçante vers l'au-delà sur Oxenfree. Abritant une école de télécommunications militaire abandonnée, Edward Island est devenu un repaire d'ados. Comme d'autres, Alex et ses amis s'y réfugient pour siffler des bières et avaler des space cakes. Amener une radio pour capter d'étranges stations activant des phénomènes inexpliqués fait aussi partie du rituel local. A force de jouer avec leur récepteur FM dans une grotte, les kids en goguette invoquent un triangle doué de parole. L'entité aurait un lien avec un sous-marin militaire échoué au large de l'île, dans les années 50. Passé ce contact, le réveil au grain de VHS usée est pour le moins flippant puisque le groupe se retrouve disséminé aux quatre coins de l'île. Sans inventaire ni énigme, Oxenfree n'est pas un jeu d'aventure au sens classique du terme. Au gameplay, le titre au thème proche de Fréquence interdite et Contact (les films) privilégie des séquences de dialogues éclairs aux multiples embranchements. Incarnant Alex, une ado forte en gueule, le joueur ne dispose ainsi que d'une poignée de secondes pour répondre à ses amis, sous peine de rester muet. Cette temporalité parfaitement exploitée offre un rythme de dialogues hallucinant. Si bien que la confusion guette parfois lorsqu'en danger, on entre simultanément en contact avec deux proches par téléphone. Indé originaire de Los Angeles, Night School Studio harponne d'ailleurs le gamer avec un talent désarmant tant son île hantée catalyse les fêlures de ses attachants visiteurs. Le décès du frère d'Alex hante ainsi ce voyage insulaire également plombé par Clarissa, peste cynique et ex-petite amie du disparu. De Jonas, beau frère d'Alex qui est passé en maison de correction aux bavardages maladifs de Ren, l'aventure tragique se ponctue aussi de sourires. De jeux de mots idiots en maladresses adolescentes, Oxenfree cultive habillement l'aigre-doux. Se dévorant comme une série télé ou un roman dont ne peut plus se séparer avant la fin, le titre demande d'utiliser constamment une radio pour capter d'étranges signaux activant des mécanismes. Tourner l'aiguille de l'appareil relève toutefois du cosmétique tant il n'amène aucun gameplay. Des énigmes liées aux possessions démoniaques et aux boucles temporelles du jeu auraient pu briller. Mais comme Life Is Strange, Oxenfree mise tout sur sa narration interactive. Pas de quoi ombrager cet objet hybride furieusement passionnant, entre film et jeu vidéo. MICHI-HIRO TAMAÏ